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29.08.2007

Première rencontre

Et voilà, hier, pour la première fois, je t'ai vu, ma petite graine de tournesol ! Et toutes mes appréhensions ont disparu : je suis ravie de savoir que tu te portes à merveille et je ne regrette pas d'avoir levé le mystère...

 

L'échographie était donc programmée dans un centre de Nanterre hier à 10 heures. Ton papa avait pris sa journée afin de pouvoir être là, et heureusement car je pense que sa présence m'a permis de mieux gérer mon stress. Nous sommes partis ensemble vers 9h30 après un petit-déjeuner rapide. On m'avait demandé de boire un litre d'eau une heure avant, mais comme j'ai connu quelques mésaventures avec une échographie faite il y a 3 ou 4 mois pour de toutes autres raisons, j'ai bu tranquillement mon thé 40 minutes avant et ensuite, j'ai siroté une petite bouteille d'eau pendant le trajet, ça m'a permis de ne pas mourir d'envie d'aller faire pipi au moment de mon arrivée et puis ça s'est avéré largement suffisant...

 

Je n'ai pas beaucoup attendu, la jeune femme de l'accueil nous a rapidement accompagnée dans la salle d'échographie (assez sinistre, mais avec un grand écran à gauche du « lit » + l'écran de l'ordinateur à droite). Elle m'a demandé d'enlever mes chaussures et mon pantalon et de m'installer en attendant que le médecin arrive. On a attendu quelques minutes, ton papa m'a fait beaucoup rire : « Oh, y'a une balance, je vais me peser, tiens ! » Il a enlevé ses chaussures et s'est effectivement pesé, mais cette balance était moins sympa que la nôtre, apparemment ! Ensuite, il a vu une toise et a fait mine d'aller se mesurer mais il ne l'a pas fait. Et heureusement, car la dame est entrée juste après ! Par la suite, on s'est imaginé qu'il y avait peut-être des caméras et qu'il y avait peut-être des gens qui se marraient en le voyant faire...

 

L'échographiste mérite le détour ! Une femme d'âge mûr dont j'avais vu la photo en faisant des recherches sur le net et qui est encore plus étonnante en vrai : elle fait grande, elle est assez massive, de longs cheveux blonds sans doute teints, et un maquillage outrancier assorti d'un accent probablement russe, bref, pas vraiment l'image qu'on se fait d'un médecin...

 

Pas très bavarde au début, elle m'a demandé si c'était ma première échographie, m'a posé le produit et a mis la sonde... Je lui ai demandé s'il y avait possibilité d'enregistrer (on avait amené un CD Rom au cas où), elle m'a répondu que non, ils ne le font plus. Dommage, mais bon, c'est pas très grave en fait !

 

J'ai guetté fébrilement l'écran, me demandant si tu allais apparaître, et si tu serais en forme. Dès le début, je savais ce que j'attendais le plus : que tu bouges, que tu fasses une taille normale et que ta clarté nucale corresponde aux bonnes mesures.

 

Tu étais bien là et tu étais bien tout seul. En fait, je n'ai réalisé qu'ensuite que tu étais tout seul car je crois que j'en étais intimement convaincue donc ça me paraissait normal. J'ai bien envisagé le cas de jumeaux : ça aurait été problématique pour le boulot, et il aurait fallu qu'on s'y fasse, mais j'aurais eu la certitude d'avoir deux enfants à choyer alors que là, il faudra probablement que je me « contente » de toi, ce qui est déjà pas mal finalement !

 

Je t'ai vu bouger ! Certes, ce n'était pas des bonds comme d'autres filles au même stade que moi ont pu en voir, mais tu bougeais. Peut-être t'a-t-on réveillé, je ne sais pas. L'échographiste a commencé à prendre les mesures sans rien dire (par chance, j'ai lu pas mal de récits d'échographies et je sais que ce n'est pas mauvais signe, c'est normal). Je regardais bien l'écran pour voir les mesures : tu fais 5,79 cm de la tête aux fesses, c'est parfait, en regardant bien les photos, il y a une estimation de ton « âge » selon les mesures et pour la taille et la longueur du fémur, il me semble que tu as un poil d'avance, ce qui a un peu étonné ton père : « On va faire un grand bébé ? » C'est vrai qu'il n'est pas bien grand et était même très petit à la naissance. Quant à moi, je suis de taille moyenne, mais nous avons tous les deux des grands dans nos familles alors c'est possible après tout, mais il est encore bien tôt pour se prononcer !

 

Ensuite, je l'ai vue mesurer la clarté nucale. Apparemment, il prennent plusieurs fois la mesure et font une moyenne. La clarté nucale permet de savoir s'il y a un risque de trisomie 21. Il vaut mieux qu'elle ne dépasse pas 3mm, sinon ça peut être embêtant. J'ai vu une des mesures qui était de 2,1mm. Là encore, soulagement (à l'arrivée, sur la feuille de résultats, la mesure est de 1,9mm). Bref, elle a continué de prendre toutes les mesures nécessaires et comme je ne cessais de regarder l'écran à ma gauche, je ne savais pas ce qu'elle faisait. Ton papa, lui, regardait sur l'écran de l'ordinateur. Et puis là, d'un coup, j'entends ton coeur battre la chamade. Elle avait mis le doppler sans prévenir. J'ai chaviré. Jusque là, je me contentais de t'observer et de surveiller que tout allait bien et je ne ressentais pas grand-chose, du coup. Mais là, je n'ai pu réprimer un sanglot, je n'ai pas pleuré beaucoup mais quand même, quelques larmes ont coulé et je riais autant que je pleurais. La dame m'a dit : « Oui, hein ! » en voyant mon émotion. Ca battait à une vitesse incroyable. D'ailleurs, sur la feuille, il est noté 187bpm, c'est très élevé, même pour un micro-bébé comme toi, mais je pense que c'était parce que j'étais nerveuse, ça a joué sur toi. Et comme en plus, on t'a manifestement dérangé, tu devais être bien énervé toi aussi !

 

A partir de là, comme elle avait fini de prendre les mesures, le Docteur Vlad (c'est son nom) s'est déridé. Elle m'a dit que tout allait bien, que tu es parfait à ton stade, tu corresponds bien à 12 SA (semaines d'aménorrhées) et 10 SG (semaines de grossesse). Tout est normal, tes organes sont bien en place, tu as bien deux bras, deux jambes, une tête, un coeur et tutti quanti ! D'ailleurs, elle m'a montré tout ça : « Vous voyez, là, ce sont ses jambes, elles sont croisées, là, un main, là, l'avant-bras, le bras et l'autre main, et puis là, vous voyez, il vous regarde, il a la tête tournée vers l'écran, ce sont ses orbites, là, on dirait un peu un martien, mais bon ! » Et en effet, tu avais tourné la tête vers nous, c'était un moment très drôle. Je me disais qu'on t'avait dérangé et que tu te demandais ce qui se passait là-haut et si on allait te laisser tranquille à la fin ! Bon, c'est vrai que tu as un peu une tête d'Alien, au grand plaisir de ton père qui avait déjà tendance à t'appeler comme ça ! Mais tu es le plus beau des Aliens !

 

A mon grand étonnement, elle m'a dit « Je ne peux pas vous dire le sexe à ce stade. » Bon, ce n'est pas ça qui m'a étonnée, car c'est rare de connaître le sexe à 12 SA, ce qui était surprenant, c'est qu'elle me le dise car j'ai vu pas mal de témoignages disant que les médecins n'en parlent même pas si on ne demande rien. Et je n'avais rien demandé. Elle a quand même ajouté « Je vois bien un truc qui ponte, mais il faudra attendre la prochaine écho pour savoir... » Du coup, je ne sais pas ce qu'elle entendait par « truc qui pointe ». A ton stade, les foetus ont un sexe quasi-identique. Mais il paraît qu'on peut avoir une idée selon la direction que prend la chose : si elle va dans la continuité de la colonne, il y a des chances que ce soit une fille et si ça part dans une autre direction, ce sera probablement un garçon. Alors sous-entendait-elle que ça partait dans une autre direction, je ne sais pas. En sortant, en tout cas, ton papa et moi avions tous les deux l'impression qu'elle misait plutôt sur un garçon et ton papa, qui préférerait un garçon pour rétablir l'égalité des sexes parmi ses enfants, a d'ailleurs tapoté mon ventre en rigolant et en disant « Mon fils » !

 

Quel que soit ton sexe, sois rassuré, tu seras aimé. Mais c'est vrai que ton papa, ainsi que tes frère et soeurs (bien qu'ils ne soient pas encore au courant) ont une préférence pour un garçon, et ça me ferait plaisir de leur faire plaisir !

 

Bref, l'échographie n'a pas duré bien longtemps (peut-être 10 ou 15 minutes), mais c'était magique. Te voir si en forme m'a pleinement rassurée. Bien sûr, il y a encore des milliers de trucs qui peuvent arriver, mais je sais que malgré tout, tu as désormais toutes les chances de venir au monde en pleine santé. J'ai dit au docteur que j'étais rassurée car j'avais très peu de symptômes et parfois, ça me faisait douter. Ca l'a étonnée que j'ai aussi peu de symptômes mais elle était d'accord en tout cas quand j'ai ajouté : « Maintenant que je sais qu'il va bien, ça me va très bien de ne pas avoir de symptômes ! » Le beurre et l'argent du beurre, pourvu que ça dure !

 

J'ai attendu un peu à l'accueil que le docteur imprime les photos et le récapitulatif, j'ai payé puis je suis sortie, ton papa m'attendait déjà dehors. On s'est dirigés main dans la main jusqu'à l'arrêt de bus, je me suis rendu compte que j'avais envie de faire pipi, j'aurais dû penser à y passer avant de sortir du centre mais j'étais ailleurs ! Bref, pas grave, je n'étais pas très loin de la maison ! On a discuté, j'ai demandé à Phil s'il avait ressenti quelque chose, mais évidemment, pour lui, ça reste assez abstrait quand même, et puis il a l'habitude des échographies, en plus. Il a quand même dit que l'image était de qualité, c'était bien car quand il était avec son ex, elle faisait ses échos chez le gynéco et il finissait par ne même plus y aller car on voyait pas grand-chose avec son vieux matos...

 

On a regardé les photos et les détails techniques en attendant le bus, je suis vraiment ravie pour la dernière photo, celle où on voit bien que tu regardes vers nous... Je t'ai félicité d'être aussi sage, discret, de ne pas gêner ta maman avec des vilains symptômes et j'ai souhaité que tu continues sur cette voie-là, même après ta naissance !

 

Tu seras peut-être une tornade, un calme, un angoissé, un serein, ce sera la surprise... J'ai fait ta connaissance, mais j'ai encore tant de choses à apprendre sur toi. Et de toi, aussi... Le mystère reste grand !

 

 

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27.08.2007

Une bonne chose de faite !

Ca y est, jeudi, veille de la fin de ma période d'essai, j'ai annoncé à mon patron la nouvelle de ma grossesse ! Et merci à tous ceux et celles qui m'ont envoyé leurs ondes positives et croisé leurs doigts (y compris toi, Dianophilou), car ils me gardent !

 

J'avoue, j'ai eu un moment d'hésitation, pour la simple et bonne raison qu'en principe, c'est la mère qui rentre plus tôt, et là, évidemment, ce fut le père ! Je m'étais préparée à une discussion entre femmes, je ne savais pas si je serai à l'aise avec un homme. J'ai donc cogité quelques minutes, j'ai parlé de la petite L. (elle était seule toute la semaine, ses soeurs étaient en vacances avec leurs grands-parents) qui s'était montrée infernale... Puis je me suis lancée :

 

 Il faut que je vous parle d'un truc qui peut être embêtant pour vous, j'avais prévu d'en parler à votre femme donc je suis un peu ennuyée, mais bon, voilà, je suis enceinte...

 

Il avait une mine assez déconfite au début, disant qu'en effet, pour eux, c'est embêtant, ça ne les arrange pas. Mais il a ajouté qu'ils ont besoin de moi, donc ils ne vont pas me demander de partir, ils me gardent au moins jusqu'à mon congé maternité. Ce qui l'embête le plus, c'est l'idée que je peux avoir un problème et être arrêtée du jour au lendemain, ça les mettrait un peu dans l'embarras, donc il m'a demandé de lui dire si jamais mon gynéco ou quelqu'un d'autre me dit qu'il y a un problème. L'autre problème, c'est après mon congé maternité, il m'a demandé si j'avais déjà réfléchi au mode de garde, bien sûr, ce n'est pas trop le cas, l'idéal pour moi serait que je puisse aller travailler avec mon bébé, mais il trouve ça un peu compliqué. Donc je lui ai dit que pour les périodes scolaires, ça ne poserait sans doute pas trop de problèmes, je trouverai bien un moyen pour faire garder mon bébé deux heures par jour à moindre frais, mais pendant les vacances où je suis censée travailler à plein temps, ce sera plus ennuyeux. Bref, il m'a dit qu'on aviserait, m'a demandé de combien je suis enceinte, j'en ai profité pour lui dire que je ne le savais pas lors de la signature du contrat et que j'étais très embêtée pour eux, vu que ce n'était pas prévu (il m'a répondu « C'est la vie ! »), et que donc je préférais leur annoncer pendant ma période d'essai. Il m'a demandé si j'avais déjà eu des échographies, j'ai dit que la première est pour le 28 (demain, donc ! Glups !).

 

Bref, on peut dire que ça s'est bien passé. Le lendemain, j'ai vu la mère, qui m'a chaleureusement félicitée, a avoué que ça l'avait perturbée quand son mari lui a annoncé car elle s'est dit qu'il allait falloir revoir encore une fois l'organisation, m'a demandé si je souhaitais continuer ensuite, et quand j'ai dit, comme à son mari, que ce serait surtout embêtant pour les vacances scolaires, elle m'a dit qu'il y aurait toujours moyen de s'organiser (ils tiennent à moi on dirait !), que souvent ils prennent une semaine sur les deux (en cours d'année) et que les filles grandissent, donc elles peuvent aussi aller plus souvent chez leurs grands-parents !

 

Elle m'a demandé comment ça se passait physiquement, je lui ai dit que j'ai très peu de symptômes et que j'ai hâte d'être à l'écho car ça m'inquiète un peu parfois. Elle m'a dit qu'il ne faut pas être négative, que tout se passera bien. Et j'ai fini en disant que j'espère maintenant que je n'attends pas des jumeaux (parce que là, je crois qu'ils flipperaient, quand même !), elle m'a répondu que c'est la première chose qu'elle a demandé quand elle était enceinte de la dernière, car l'idée de passer de 2 à 4 enfants l'effrayait...

 

En partant, j'ai encore insisté en disant que je suis ravie qu'ils le prennent comme ça, que c'est pas évident de commencer un boulot en étant enceinte et que j'étais très embêtée, elle m'a dit qu'elle se mettait à ma place et qu'elle comprend, et qu'ils ont apprécié ma sincérité, le fait que je le dise pendant la période d'essai alors que rien ne m'y obligeait, et puis elle est maman et comprend bien ce genre de choses ! Je suis contente de voir que l'honnêteté paie encore de temps en temps !

 

Je suis soulagée, je te laisse imaginer, mon bébé. C'est une bonne chose de faite. Maintenant, j'attends l'écho de demain pour l'être encore plus. J'avoue que je commence à angoisser pas mal, j'ai passé une nuit difficile, peuplée de rêves étranges dans lesquels un médecin me disait que j'avais de grandes chances de faire une fausse couche tardive ou bien j'arrivais pour l'écho et l'échographiste n'était pas là... Bref, je suis perturbée... En plus, ça me fait bizarre, cette première rencontre. J'ai conscience que ça sera magique (si tout va bien) et je suis pressée d'être rassurée sur ta santé et de me sentir pleinement enceinte, mais d'un autre côté, le mystère va être levé et ça me trouble. Tout changera demain, quel que soit ce qu'on m'annonce. Si l'appareil est perfectionné, qui sait, on pourra peut-être même déjà avoir une idée quasi-sûre de ton sexe ! C'est fou... Tu es encore si petit...

 

Enfin, les dés sont lancés, et dans moins de 24h, je saurai pas mal de choses sur toi, et je saurai à quoi tu ressembles... Cette nuit va être courte, j'imagine... A demain, mon bébé...

21.08.2007

Déjà deux mois pleins...

Je viens d'entamer mon troisième mois de grossesse (eh oui, tu es maintenant un foetus et non plus un embryon !) , il est donc temps de faire un petit récapitulatif des deux premiers mois. Ca ne devrait pas être long, cette fois, car on ne peut pas dire que tu te sois beaucoup manifesté, tu es très discret (tiendrais-tu ça de moi ?)...

 

Comme je te l'ai dit, j'ai quand même eu quelques symptômes qui m'ont permis de penser que j'étais peut-être enceinte. Il y a eu cette fameuse nuit où j'ai eu des nausées et des brûlures d'estomac et où il m'était difficile de dormir sur le ventre. Tu étais probablement en train de cheminer vers ton nid. Il y a eu les tubercules de Montgomery, ces petites excroissances autour des mamelons. J'ai eu aussi quelques petites crampes dans le ventre plusieurs jours d'affilée. Et puis ta maman a soudain freiné sur les sucreries et autres cochonneries qu'elle aime tant, elle ne voulait plus trop de bonbons, elle n'en avait pas envie, et ça ne lui ressemble pas ! Je me souviens que ça m'a bien mis la puce à l'oreille, quand même...

 

Et puis, une fois que j'ai appris ma grossesse, il ne s'est plus passé grand-chose. J'avais un peu peur d'être malade, d'autant que je partais en vacances moins d'une semaine après avoir appris la nouvelle et on ne voulait pas que la terre entière soit au courant donc ça aurait fait mauvais genre de vomir devant les enfants ou les parents de ton papa. Et puis non, pendant mes trois semaines de vacances, je n'ai pas été malade du tout. J'ai fait pipi plus souvent qu'à mon habitude, surtout chez tes grands-parents paternels, il fallait que je me lève la nuit, je n'aime pas ça et puis chez eux, ce n'est pas discret vu que quand on est tous là, ils dorment dans le salon et les toilettes sont juste à côté.

 

Mais sinon, que ce soit à Marseille ou à Périgueux, j'ai mangé de bon appétit et quand je mangeais trop, j'avais une certaine pesanteur que je réglais avec du nux vomica (ta maman est très portée sur les médecines douces). A noter qu'à Marseille, j'ai plus souffert de la chaleur que d'ordinaire...

 

Ah si, j'oubliais : avant d'aller à Marseille, nous sommes partis deux jours chez Ninie et Jean-Louis, à Cogolin, dans le Var. Le premier soir, on a énormément mangé, et je n'ai pas du tout été bien pendant la nuit. J'ai eu envie de vomir, j'avais mal au ventre, j'ai passé une partie de la nuit sans dormir. Mais c'est la seule fois pour l'instant, avec cette fameuse nuit quelques jours après ta conception. Et comme j'avais vraiment beaucoup mangé, je ne saurai jamais si tu avais une part de responsabilité !

 

Depuis notre retour de vacances, fin juillet, tu ne te manifestes pas plus. S'il n'y avait pas les tubercules et les seins douloureux, je serai tout à fait comme avant. Ah, si, mon ventre me tiraille un peu parfois, mais ce n'est pas douloureux comme chez pas mal de futures mamans. Je continue de manger moins de sucreries et plus de fruits et de légumes, mais je ne sais pas si c'est la maman en moi qui mange ce qui est mieux pour toi ou bien si c'est toi qui dicte ta loi !

 

Du coup, je ne grossis pas... je maigris ! Je ne suis déjà pas bien grosse à la base, mais là, de 55,4 kilos le dimanche avant le début de la grossesse (ton papa et moi avons pris l'habitude de nous peser tous les dimanches), je suis passée à 54 juste avant de partir en vacances (c'est d'ailleurs le poids de départ choisi par ma doctoresse), j'ai repris 500 grammes pendant les vacances que je me suis empressée de perdre (dernier poids en date : 53,7 kilos à 8 SG + 4 jours).

 

Et mon ventre, c'est pareil, il y a bien une petite bosse, mais rien de flagrant ! Parfois, ça m'inquiète. J'ai tellement peu de symptômes que je me demande si tout va bien pour toi. Je le saurais dans une semaine maintenant, le 28, jour de la première échographie. Je sens que je vais être très angoissée ce matin-là. Heureusement, ton papa a pris sa journée et viendra avec moi. J'espère que je te verrai en pleine forme et que ça rendra ta présence en moi bien réelle. J'ai hâte, ça fait long, tout ce temps avant de te voir...

09.08.2007

Je te présente... tes parents !

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Ton papa et moi, c'est déjà une longue histoire ! Eh oui, 5 ans déjà, ça fait un petit bout de chemin qu'on bourlingue ensemble (et j'espère que lorsque tu seras en âge de lire ces lignes, ce sera toujours le cas).

 

Nous nous sommes connus sur Internet. Ca te paraît sans doute normal à toi pour qui le net a toujours existé, mais ça en a surpris plus d'un dans l'entourage de tes parents.

 

Je me suis inscrite sur Ciao le 13 octobre 2001 (si ma mémoire est bonne). L'ordinateur que j'avais depuis quelques mois venait d'être réparé et j'avais décidé de partir à la recherche de sites permettant de gagner un peu d'argent. Ciao me permettait de gagner quelques sous en écrivant des avis sur tout et n'importe quoi, bref, tout pour me plaire.

 

J'ai commencé à faire quelques connaissances assez rapidement : il y a eu Nathalie, très vite, ainsi que Natasha, Sarah, Sébastien et plein d'autres qui ne sont pas forcément tous restés dans ma sphère bien longtemps... Nous apprécions ce que chacun écrivait et nous échangions via les messageries.

 

J'échangeais beaucoup avec Nath. Elle avait plus de 10 ans de plus que moi, mais je me suis vite sentie proche d'elle. J'avais des soucis à l'époque, je me souviens en avoir discuté avec elle. De son côté, elle n'était pas au mieux non plus. Assez vite, elle s'est mis à me parler de The X Phil. Oui, on avait tous des pseudos sur ce site : moi, c'était Massidia, Nath, c'était farfalle, etc.

 

The X Phil, c'était donc ton papa. Je ne te fais pas l'injure de t'expliquer le jeu de mots, car quand tu liras ces lignes, tu auras déjà suffisamment « subi » la culture de tes parents pour faire le lien toi-même ! Nath m'en parlait mais au début, je n'ai pas ressenti le besoin d'aller le lire. Il a fallu attendre la nouvelle année et les bonnes résolutions qui vont avec pour que je me décide à lire ses textes.

 

Pour te raconter le début de notre histoire sur le net et au-delà, je vais utiliser un texte que j'ai écrit et publié sur Ciao en janvier 2003. Le voici :

 

 

 

Tic-tac, tic-tac, tic-tac…

 

Depuis un an, le temps a pris de drôles de libertés dans ma vie, il a tendance à s’accélérer puis à ralentir de façon inexpliquée, je ne comprends pas, j’ai peur, que se passe-t-il ? ? ? Remontons le fil des événements pour une tentative d’explication…

 

2 janvier 2002, après-midi : Aujourd’hui, je me décide à aller te lire, toi que je ne connais que de nom ou plus exactement de pseudo… Un pseudo qui me fait de l’œil depuis quelque temps déjà, vu le jeu de mots basé sur une série-culte contant les enquêtes paranormales de deux agents du FBI. Certains ciaonautes que j’apprécie te lisent et t’aiment bien, il serait donc temps que j’aille voir de quoi il retourne. Et je plonge directement dans ton dernier avis (trèèèèèèèèès long et trèèèèèèèèèès noir), un bilan d’une année 2001 catastrophique qui me laisse coite… Je sors quelques conneries en commentaire et je m’éclipse après avoir commenté de façon plus traditionnelle un autre avis…

 

2 janvier 2002, dans la soirée : Déjà une réponse, des commentaires sur deux de mes avis, et déjà une confiance… Je suis agréablement surprise de la rapidité de ta réaction et très étonnée de la confiance donnée si rapidement alors que mon intuition (qui s’avérera juste) me dit que ce gars-là ne doit pas la donner facilement, que ce soit sur Ciao ou dans la vie. Je lis un autre de tes avis et te remercie, ça en fait trois. Moi aussi, je décide de te donner ma confiance, chose que je ne fais pas non plus facilement, certains ici le savent !

Dès lors, toi et moi commençons à échanger quelques messages, en plus de lire tous nos avis à venir.

 

23 janvier 2002 : J’écris un avis sur Yann Tiersen et en profite pour parler de toi qui lors de ton premier commentaire avais confondu Tiersen et Fersen. Tu te marres, tu me dis que ça se paiera, et tu me cites également dans un de tes avis, ta vengeance est terrible !

 

2 février 2002 : création d’un avis bien particulier, le squat de newborn, un avis sur lequel on se retrouvera souvent, avec la petite bande de squatters qui perdure aujourd’hui, pour y discuter de choses et d’autres et qui amèneront quelques confidences plus intimes en fin de soirée, lorsque les deux couche-tard que nous sommes étions les deux derniers présents. Squat qui durera jusqu’à l’éviction de newborn et la disparition mystérieuse de cet avis-symbole, en mai. Paix à l’âme de cet avis !

 

Février 2002 : harcèlement : « C’est quoi ton pseudo sur AIM ? » me demandes-tu à plusieurs reprises dans ma BAL. Je te réponds systématiquement que je n’ai que MSN, tu finis par me dire que MSN c’est tout pourri, et puis tu craques  et tu le télécharges. Ca m’amuse et ton empressement me touche. Les deux premiers soirs, nous ne sommes pas connectés au même moment, chacun râle dans la BAL de l’autre et je dis à farfalle et à Chagris un soir, sur ce même MSN, qu’on n’arrive pas à se trouver. Déjà elles me taquinent : « Ah bon ? Vous allez vous parler sur MSN ? » dit l’une, ce à quoi l’autre rétorque un truc du genre : « Tu m’étonnes ! » Bande de sous-entendeuses !

 

Dès lors, le temps m’échappe… Chaque nuit ou presque au début, puis chaque nuit tout court, nous parlons, de plus en plus longtemps, de tout et de rien, mais surtout de tout. Pour toi comme pour moi, se confier aussi facilement à une personne que l’on connaît si peu paraît incroyable autant qu’évident. A cette époque, tous les deux passions par une période difficile, moi devant me rendre régulièrement dans un endroit que j’exècre, toi te battant contre une histoire impossible qui te brise. Tes avis continuent à être noirs, tu m’inquiètes, et je me mets à haïr la responsable que je ne connais pas et qui, très vite, me jalousera.

 

Minuit, deux heures, trois heures du matin… Ce n’est qu’un début, nos conversations durent de plus en plus longtemps, et sans temps mort. Nils 3000 me dit un soir une chose qui me fait sourire et à laquelle j’ai du mal à trouver une réponse : « Mais qu’est-ce que vous pouvez bien vous raconter pendant tout ce temps ? » Il a raison : comment est-ce possible de se parler en continu pendant plus de 5 heures sans s’ennuyer une seconde ? Non, il a tort en fait, c’est parfaitement logique, je ne sais pas en quoi, mais c’est évident. Point. Et lorsque, pour une raison ou pour une autre, je suis privée des ces moments magiques où le temps Phil, ça me manque… Et à toi aussi, je pense.

 

Tictactictactictactictactictactictactictactictactictactictactictactictactictactictactictactictactictac, chaque nuit c’est pareil, et a contrario, que la journée paraît longue…

 

Mars 2002 : la situation que je vis m’épuise : je parle avec toi la nuit et je dois être sur le pont le jour à cause de ce fichu hôpital où ma grand-mère se trouve. Je te dis un soir que je pense aller passer quelques jours chez ma mère en Lozère début avril et je te demande quand tu comptes partir chez tes parents, puisque tu l’as prévu : « Début avril », me réponds-tu, tout en ajoutant ton célèbre : « Comme c’est tétonnant ! » Oui, c’est vrai, c’est tétonnant, l’un comme l’autre ne sortons pas beaucoup à cette époque-là mais nous sortons quasi-systématiquement le même jour ! Les jours passent, je me demande déjà comment je vais pouvoir me passer de toi tout ce temps. Argh, moi qui n’aime pas la dépendance, je suis servie !

 

31 mars/1er avril 2002 : tu as pondu un avis, le fameux questionnaire Par Q rebaptisé plus tard « Quelle heure est-il ? » et tu m’as demandé de prendre ta suite. Ce soir-là, nous sommes au squat en compagnie de plein de monde, balistik décide de faire le questionnaire et je m’y mets aussi. Tu me diras plus tard que tu espérais pouvoir lire certaines choses dans ce questionnaire, des sous-entendus te concernant, chose que j’ai bien pris soin de ne pas faire ! Au contraire, ce que j’y mets te refroidit un peu, me diras-tu plus tard. J’y avoue ma crainte de tomber amoureuse et dis deux-trois choses qui te font douter… Cela ne nous empêche pas de battre notre record, ce soir-là, et de rester ensembleS jusqu’au-delà de 6 heures du matin… Déjà ? Mais on discute depuis même pas une heure… Non, à peu près six fois plus… Ah bon ? A cette époque-là, on était déjà tout là-haut, là-bas et le temps n’avait plus aucune prise sur nous. Finalement, tu te dis qu’il serait pas mal de dormir deux heures avant de prendre ton train… On se quitte, a priori pour deux semaines.

 

8 avril : Evidemment, j’ai pris ton adresse discrètement, c’est ton anniversaire après-demain, je vais pas rater ça, que crois-tu ? Et je n’ai pas envie de t’envoyer un mail, c’est pas très original pour nous, d’autant que rien ne prouve que je vais trouver un ordinateur relié à Internet dans la cambrousse où je me trouve ! Alors je prends du papier, un stylo, et je tente de m’appliquer, connaissant ma tendance aux pattes de mouche illisibles… Assez étonnamment, plus on tente de s’appliquer, moins ça donne quelque chose de bon, surtout quand on écrit à celui qui nous manque tant sans qu’on veuille vraiment l’admettre. Mais je persiste. J’écoute Archive pour me détendre et te demande de deviner quel disque j’ai mis, puisque nous avons déjà à l’époque développé cette télépathie qui nous amuse tant. J’envoie la lettre et j’espère une réponse, je ne te le cache pas d’ailleurs !

 

Tiiiiiiiiiiiiiiiiiiiic…………………. Taaaaaaaaaaaaaaaaaaaac…………………. Que le temps paraît long, loin de toi et sans nouvelles…

 

Environ une semaine plus tard, je la reçois : une lettre aussi longue que la mienne (ben oui, on a toujours autant à se dire), pas toujours gaie, hélas, mais me laissant entendre que ma lettre t’a fait extrêmement plaisir. Malheureusement, tu l’as reçue le lendemain et tu me « vouais déjà aux pires supplices » pour t’avoir oublié ! Tu me réponds évidemment que j’écoutais Archive au moment de t’écrire, et tu tombes dans le mille… Bon, c’est pas le truc le plus difficile qu’on ait fait en matière de télépathie tous les deux, mais ça fait toujours plaisir. Ta réponse, je l’ai attendue en trépignant d’impatience, c’était terrible… Mais une fois reçue, je n’avais déjà plus vraiment de doutes concernant mes sentiments comme concernant les tiens…

 

Fin avril : je finis par rentrer, j’ai passé trois semaines loin de tout ça et heureuse de retrouver mon ordinateur et mon interlocuteur préféré. Tu me dis d’éviter de lire les avis que tu as publiés tant que je ne me sens pas d’attaque… J’en lis quand même un, ton Questionniversaire. En effet, c’est pas très encourageant, drôle au début, beaucoup moins à la fin. J’encaisse quand même, je te commente et on discute à nouveau pendant des heures sans se rendre compte qu’une fois de plus, on ne va pas dormir beaucoup cette nuit.

 

Je finis par lire tes autres avis : l’un d’entre eux m’assomme évidemment, j’imagine que tu sais lequel… Elle est toujours là. Je fais comme si de rien n’était et toi, une fois de plus, tu regrettes d’avoir écrit ça et de t’être fait jeter en retour. Eternel recommencement, mon angoisse principale, cette histoire finira-t-elle un jour ?

 

Mai 2002 : Tu décides de m’envoyer un mail du boulot au lendemain d’un coup de cafard de ma part et tu recommenceras presque chaque jour… On nous anéantit le squat que l’on fait renaître très vite, à la faveur d’une panne sur MSN, sur un de mes avis, comme une évidence vu son titre… A cette époque, tu te lances de plus en plus dans des sous-entendus sans équivoque et je deviens la reine de l’esquive, c’est ainsi que tu me rebaptises ! Un soir, je décide de ne pas esquiver, mais tu comprends l’inverse de ce qu’il faut comprendre. Tu crois que je te jette, mais tu ne me le dis pas. J’ai un doute sur ce que tu as compris mais je n’en suis pas sûre… Le lendemain, tu écris un avis magnifique sur Le Petit prince, à la fois terriblement glaçant et porteur d’espoir… Et ce même jour, Cyrille t’a ouvert les yeux sur ce que j’ai vraiment voulu dire. Je saurai tout ça plus tard…

 

Juin 2002 : Tu commences à insister pour qu’on se voie… Là encore, j’hésite. Tu piques une (gentille) crise quand tu apprends qu’Etienne.C et talea vont me rendre visite le dernier week-end du mois… « Enfin, je fais mon caliméro, hein, sinon tu serais déçue... Je te signale
que ça fait plein de fois que je te dis que je voudrais te voir, et voilou
maintenant t'accueille plein de gens en même temps et même pas mouaaaaaa,
bouhouhouhouhouuuuuuuuuuuuuu... »

Fin juin, grosse crise pour moi, on échange jusqu’à 10 mails dans la journée, tu t’occupes de moi comme jamais. De ton côté, tu vas mieux, tu as enfin tourné la page du passé et n’attends qu’un signe de ma part.

 

Juillet 2002 : Je prends mal une petite pique que tu m’as lancée via un mail. Je te réponds et te dis que je vais prendre un ou deux jours de recul. J’attends quand même ta réponse, qui interviendra vers minuit… La plus belle déclaration d’amour qui soit se présente sous mes yeux… J’ai du mal à m’en remettre mais je tiens, j’ai besoin de m’éloigner un peu. Tiiiiiiiiiiiiiiiic…………… Taaaaaaaaaaaaaaaaac……………….

Lorqu’on se retrouve sur MSN, tu attends quelque chose qui ne vient pas, car j’ai beau en mourir d’envie, je ne peux pas dire je t’aime à quelqu’un que je ne connais pas de visu car au fond de moi, une petite voix de plus en plus ténue me dit que je ne ressentirai peut-être pas la même chose une fois qu’on se sera rencontrés… Pourtant, cet amour, je l’ai sous-entendu pas mal de fois déjà…

 

Farfalle, hasard ou pas, nous invite tous les deux à la rejoindre dans la maison qu’elle a louée dans le Vaucluse fin juillet. Du coup, on se décide : tu viendras d’abord chez moi le 22 et on la rejoindra le 24.

Le 19, tu me laisses un commentaire sur un de mes anciens avis (tu t’es mis en tête de lire tous mes avis et tu y es parvenu) qui me fait mal. Du coup, je fais silence pendant 24 heures et ça te pousse à m’appeler au téléphone, par-delà l’angoisse. Premier coup de fil : je ne suis pas seule, ça dure deux minutes, j’étais sûre que c’était toi… Je n’avais pas compris, sans doute à cause du stress, que tu sortais ce soir-là… Alors je t’ai attendu… jusqu’à 4 ou 5 heures du mat’, avec balistik qui m’a tenu compagnie sur MSN et qui a récolté mes confidences. Je suis tombée ce soir-là (tu doutais du fait que ce soit un hasard et pourtant…) sur ton avis sur les relations entres les hommes et les femmes… Tu as trouvé un commentaire en rentrant, et tu t’es immédiatement mis à l’avis-défi que Cyrille t’avait imposé. Un avis où tu parlais de la place que lui et moi avions pris dans ta vie et un avis qui n’a pas manqué sa cible.

 

22 juillet : Je suis fébrile, certes, un peu speed, mais finalement pas tant que ça… Cette rencontre, au fond, je l’attends depuis si longtemps qu’il est plus que temps qu’elle ait lieu ! Tu es dans le train, j’ai mille choses à faire avant ton arrivée… Mais que le temps passe vite aujourd’hui… Vite et lentement à la fois, bizarre… Je rate mon bus, j’arrive en retard, je ne te trouve pas, le quai d’arrivée n’est déjà plus affiché, argh ! Je demande de l’aide à un gilet rouge de la SNCF qui me dit que le mieux est de passer un appel au micro… Je préfère faire un dernier tour et évidemment, je te vois… Bises sur les joues, je tente de détendre l’atmosphère en te racontant le coup de l’appel au micro et tu me réponds que si je l’avais fait, tu aurais pris le premier train pour Paris ! Premier rire « en live ». Des bagages dévalent dans l’Escalator, échappant à leurs propriétaires, on est obligé d’escalader vite fait pour éviter de se casser la gueule à l’arrivée : « Ah, ces Marseillais ! ». On continue de rigoler, le stress est toujours là, mais s’efface petit à petit. On passe chez moi en coup de vent et on part à l’assaut de la ville, car j’ai décidé de te prouver que Marseille n’est pas une ville pourrite, comme tu te plais à le croire… Vieux-Port en fin d’après-midi, en plein été, tu ne résistes pas bien longtemps aux charmes de la cité phocéenne, on parle à bâtons rompus, on se croirait sur le net ! On finit par s’arrêter dans un resto qu’on ne quitte qu’à minuit, en prenant le soin de laisser une facture d’eau du robinet énorme derrière nous ! Ce soir-là, on ne se couchera qu’à 6 heures passées, et à 7h, on est encore en train de rire comme des grands malades que nous sommes… 2 jours seulement passés à Marseille et l’impression d’avoir parlé une semaine entière sans s’arrêter et toujours sans s’ennuyer une seconde…

 

24 juillet 2002 : TER pourri jusqu’à Avignon, on crève de chaud… Je vais enfin rencontrer celle qui, dans notre petite famille du net, joue le rôle de ma maman virtuelle ! Nathalie, alias farfalle sur Ciao nous attend dans le hall, on part pour Roussillon, dans une villa avec piscine et vue sur les rochers ocre du village… On part surtout pour quelques jours de détente absolue ! Pour ne pas dire d’oisiveté parfaite ! Nath et sa tante, également présente, se couchent relativement tôt, nous continuons nos rires et conversations noctambules, voire plus car affinités…

 

28 juillet 2002 : l’heure de la séparation, d’autant plus désagréable qu’on se rend compte que nous ne partons pas de la même gare. Tu repars par la gare TGV d’Avignon et moi en TER… Nath fait le taxi entre les deux. Séparation difficile, certes, mais on sait que c’est le début d’une grande histoire et on reste tout là-haut, là-bas…

 

Depuis, le temps Phil en continu. On a survécu à la Route du rock et à son déluge d’eau et de boue, à ton éviction de Ciao, à une Murder party en guise de réveillon, à un voyage en train épique au retour des fêtes de fin d’année chez tes parents et surtout aux 800 bornes qui nous séparent. Le temps Phil comme le vent quand on est ensembleS, que ce soit sur le net, au téléphone (« Mais non, arrête de déconner, ça fait pas une heure qu’on se parle ? » « Ben si, pourtant ! ») ou à plus forte raison quand les 800 bornes précédemment citées ne sont plus qu’un mauvais souvenir.

 

Un an déjà, cette rencontre virtuelle

Six mois déjà, tous les deux. Six mois, c’est à la fois si peu et si énorme. C’est peu pour un couple, c’est énorme car pour nous, ça fait six jours… Ou bien depuis toujours… Enfin, quelque part au milieu, quoi ! C’est peu aussi parce qu’en six mois, en un an, on n’a pas pu se dire tout ça, on n’a pas pu faire tout ça, c’est impossible, c’est pas humain… Et pourtant si, non seulement, on n’a pas arrêté de parler, mais on continue de le faire autant qu’avant… Mon ordi me fait un coup bas et immédiatement, je me demande comment je vais survivre si je n’ai pas mes trois ou quatre heures quotidiennes de MSN avec l’homme que j’aime… On dormira, un jour (une nuit), tu crois ?

 

Je les hais, ces 800 kilomètres. Je me sens seule, loin de toi… Ca fait douze jours que je suis rentrée et ces douze jours durent beaucoup plus longtemps que les trois semaines passées ensembleS auparavant… Comment ça, je me fais des idées ? Si, si, j’en suis sûre, le temps nous joue des tours, il fait durer une heure une seconde quand on est tous les deux et la seconde dure une heure quand on est loin l’un de l’autre… Tout à l’heure, je t’ai dit qu’on était pile au milieu de notre période de séparation, tu m’as répondu : « Fais attention aux mots que tu emploies ! » J’ai souri, j’ai remplacé séparation par éloignement, ça te convenait mieux.

 

Ca ne durera pas… Mais non, pas notre histoire ! Ces 800 kilomètres, on leur tordra le cou un jour… Et au temps aussi, par la même occasion, il cessera de nous faire tourner en bourrique et philera en permanence… Moi, dans la grisaille parisienne ? Qui l’eût cru ! Et pourtant… Aujourd’hui, j’y vois un avantage certain… Etre proche de toi, tout le temps, être proche d’eux aussi : Sarah, Etienne, Nathalie, Cyrille, Claire, Florian, Natasha, Aurélia, Sébastien et Alex, les Lillois, Fred que j’espère avoir l’occasion de mieux connaître et ceux que je ne connais pas encore… Oui, Paris a du charme : le charme d’une histoire d’amour, le charme de ces amitiés récoltées sur Ciao, le charme d’Internet qui ouvre des milliers de possibilités, le charme d’une année 2002 vraiment pas comme les autres…

 

A TheXPhill, avec une ou deux l, je t’aime…

Toujours tout là-haut, là-bas.

 

PS : Nath, Flo, excusez-moi d’avoir mis une majuscule à vos pseudos en début de phrase ! Alex, ne m’en veux pas de mettre une majuscule à ton prénom ! Je suis conventionnelle parfois !

 

 

 

 

J'ai relu mon texte en l'ajoutant à celui-ci, et ça m'a terriblement émue, plus de 4 ans après l'avoir écrit. Bien entendu, en 4 ans, pas mal d'eau a coulé sous les ponts. On a trouvé l'appartement dans lequel nous vivons toujours lorsque j'écris ce texte, à Nanterre, et j'ai déménagé fin juin 2003. Je me suis éloignée de ma famille, de mes quelques amis, du soleil et de la mer. Il m'arrive encore aujourd'hui d'avoir un coup de blues, notamment à cause du climat, mais la vie parisienne a ses avantages : je vois assez régulièrement Nath et son ami Marc, Cyrille, Claire, je ne vois plus trop les autres mais j'espère pouvoir en inviter quelques-uns (Sarah, Flo) à notre fête pour le PACS, mi-septembre, et nous en profiterons pour annoncer ta prochaine venue au monde.

 

Ca n'a pas été facile tous les jours de faire face à de nouvelles responsabilités : il a fallu que j'apprenne à être une belle-maman, par chance, ton grand frère et tes grandes soeurs ont été assez cools avec moi, mais bon, ça reste une chose pas toujours facile, quand on est un jeune couple, on n'a pas forcément envie de devoir composer avec des enfants dont on n'est pas la mère. En parlant de mère, on ne peut pas dire que les relations avec la mère des enfants étaient agréables. Depuis, ça s'est heureusement tassé, mais on a vécu quelques moments difficiles à cause de ça. Par chance, elle m'a toujours appréciée, ce qui ne coule pas forcément de source.

 

Bref, notre relation a grandi, et on peut dire que tes parents sont un couple plutôt zen. On ne se disputait que très rarement, et quand on le faisait, c'était souvent à cause d'un désaccord au sujet de ses enfants, de son ex, ou bien (le plus souvent) de nos futurs enfants.

 

J'ai toujours voulu des enfants. Bon, ok, c'est une phrase-cliché qui ne veut pas dire grand-chose. Ceci dit, je savais que Phil ne voulait plus d'enfants, a priori. Déjà, les trois qu'il a eus lui ont plus ou moins été imposés, il n'a jamais eu le temps de désirer en avoir. En plus, il a eu Damien jeune et il a dû abandonner ses rêves de cinéma pour entrer dans l'informatique de banque, un tout autre domaine. Enfin, rien ne dit que ça ne changera pas à nouveau.

 

Aussi, dès le début de notre histoire, j'ai mis les points sur les i : « Tu sais, je veux des enfants ! » ce à quoi il a répondu (il ne s'en souvient pas) « Et je ne veux pas t'en priver. »

 

Pendant les deux premières années de notre relation, il nous est arrivé d'aborder le sujet, mais de manière légère. A l'époque, je voulais surtout profiter de lui et prendre mes marques, et le désir d'enfant n'était pas encore entré en jeu. En plus, avant lui, je ne sortais pas beaucoup, et ensemble, avec toutes nos passions communes, nous passions notre vie au cinéma, en concert, dans des festivals ou au théâtre, et à l'époque, j'avais besoin d'en profiter (et lui aussi, qui avait dû faire pas mal de compromis avec son ex). Au passage, j'espère que nous réussirons à concilier notre vie de parents avec notre vie culturelle, je sais qu'il serait fou de croire qu'on pourra toujours sortir autant (et de toute façon, je veux profiter de toi !), mais on doit pouvoir élever des enfants sans pour autant être prisonnier chez soi, n'est-ce pas !

 

Vers mars-avril 2004, j'ai été un peu déprimée. J'ai mis ça sur le compte du printemps qui tardait à arriver (je n'étais pas habituée, forcément), mais petit à petit, il m'a paru évident que j'avais un manque, et que ce manque était du genre à pleurer, manger et faire caca tout le temps (la belle vision de ton père du nouveau-né est, il faut bien le dire, assez réaliste !). Je n'ai pas trop osé en parler à ton père à l'époque, comme je l'ai dit, les relations avec son ex étaient tendues, il avait du mal à se relever du divorce financièrement et ça n'aurait de toute façon pas été terrible de faire un enfant dans ces conditions.

 

Quelques mois plus tard, début novembre, j'ai voulu faire une recherche sur les différentes possibilités pour remplacer une dent. J'étais en pleine « cure » chez le dentiste après 10 ans sans me faire soigner, autrement dit, y'avait du boulot. C'est ainsi que je me suis retrouvée sur les forums de Doctissimo et que je suis tombée sur la partie « Désir d'enfant ». Je suis tombée sur un post de minilili, qui était déprimée parce que son petit-ami ne comprenait pas son désir d'avoir un enfant et refusait de céder. Je lui ai répondu. Et de fil en aiguille, on a créé un club, les Chuis pas prêt, qui après un peu moins d'un an et quelques bisbilles a donné naissance aux Zamies Zéniales, alias les ZZ. Ca m'a fait beaucoup de bien de pouvoir parler de mon désir de plus en plus grand d'avoir un enfant, et d'être comprise par des filles qui se trouvaient plus ou moins dans le même cas que moi. En mars 2005, j'ai décidé d'écrire une longue lettre à ton papa, dans laquelle je lui expliquais que j'allais avoir 30 ans, que mon envie d'avoir un enfant grimpait, que je comprenais ses réticences, mais qu'il m'avait dit qu'il ne voulait pas m'en priver, et que je craignais que plus il repousserait, moins il en aurait envie. En plus, ses enfants grandissaient, et j'avais peur que l'écart soit trop grand quand il se déciderait (c'est un peu le cas, d'ailleurs, tu auras 7 ans d'écart avec la plus jeune).

 

J'avais été agréablement surprise par sa réponse : il me disait qu'il comprenait tout ça, qu'il n'avait toujours pas envie d'avoir un nouvel enfant mais que l'idée d'en avoir un avec moi était envisageable. Cependant, selon lui, notre situation ne s'y prêtait pas encore, mais il ne voulait pas repousser à la Saint-Glinglin, donc si je trouvais une activité d'ici là, on pourrait l'envisager « dans un an ».

 

Il n'était pas clair par rapport à l'idée d'activité, mais j'ai décidé de me remettre à l'écriture et j'ai commencé à répondre à des annonces pour du travail. Ta maman est parfois trouillarde, et elle a toujours eu une appréhension concernant le travail. Pour ne rien arranger, elle avait connu un sale expérience quelques années auparavant qui l'avait encore plus bloquée. Et pour couronner le tout, cette année-là, je me suis mise à souffrir de divers symptômes, notamment des douleurs terribles autour de l'estomac. Au début de l'été, on m'a diagnostiqué de RGO (reflux gastro-oesophagiens). Rien de grave (les bébés en ont souvent, j'espère que tu y échapperas), mais c'est assez handicapant. On m'a prescrit un médicament qui n'a pas fait grand-chose mais de mon côté, j'ai pris un traitement homéopathique qui a bien calmé tout ça. Seulement, jusqu'à octobre, je n'ai pas pu faire grand-chose (et puis bon, de toute façon, ne nous le cachons pas : ta mère est paresseuse, j'espère que tu n'as pas hérité de ce gêne-là !).

 

Toujours est-il que la fin d'année est arrivée, et ton papa ne m'a rien dit. J'ai attendu le début de l'année 2006 et toujours rien. A ce moment-là, on peut dire que j'ai commencé une bonne déprime. J'avais eu 30 ans quelques mois auparavant et je me demandais si l'homme de ma vie ne se foutait pas un peu de moi. Je commençais à croire qu'en restant avec lui, je n'aurais jamais d'enfants. Mais j'avais à l'époque (j'ai réussi à me débarrasser un peu de ça et je dis les choses plus facilement maintenant) un côté cocotte-minute, j'encaissais sans broncher jusqu'à l'explosion. Et l'explosion s'est produite quand j'ai appris par un tiers qu'un couple d'amis plus « jeune » que nous essayait de faire un bébé (en fait, le bébé était même déjà conçu, mais nous ne le savions pas). J'ai eu beaucoup de mal à encaisser le coup et les réflexions de Phil (« C'est pas parce que certains font une connerie qu'il faut qu'on fasse la même », etc.). Et après le départ de nos amis, j'ai vidé mon sac. Ca nous a fait beaucoup de bien. Il en est ressorti que je n'avais pas rempli ma part du contrat (trouver un travail) et que la situation n'était toujours pas idéale. J'ai répliqué qu'il n'y a jamais de situation idéale et que la nôtre n'était pas si mal. Il m'a encore une fois soutenu qu'il ne se fichait pas de moi. Bon...

 

A partir de là, j'ai eu moins de mal à avancer : j'avais eu l'explication que je recherchais, j'étais à peu près débarrassée de mes douleurs épigastriques, et je me suis remise aux petite annonces. En plus, il faut bien l'avouer, mes finances étaient basses. Quand je me suis installée en région parisienne, je n'ai pas été une charge pour ton papa (je ne l'aurais pas voulu, d'ailleurs), car j'avais hérité de ma grand-mère une somme assez conséquente, qui m'a permis de vivre environ 3 ans tranquillement.

J'ai envoyé pas mal de CV pour des postes d'accueil et de secrétariat, et parallèlement, j'étais inscrite sur pas mal de boîtes pour donner des cours particuliers. C'est ainsi qu'un jour, on m'a laissé un message sur mon portable pour faire du soutien scolaire. Quand j'ai rappelé, la nana m'a dit que l'annonce était pourvue mais qu'il y avait une possibilité de faire un remplacement de congé maternité pour une garde d'enfants. J'ai dit ok, je n'avais rien à perdre. Ca s'est très bien passé, bien que les enfants n'aient pas toujours été faciles. Je m'occupais surtout de Léa, 4 ans et de Thibault, 10 ans, mais il y avait aussi Clément, 12 ans sur lequel je gardais un oeil. La maman a décidé de me garder, j'ai donc signé un CDI en septembre 2006 (avec, en plus, du soutien scolaire pour Thibault, une grande expérience !), et je suis restée chez eux jusqu'à début juillet. J'aurais pu continuer mais ils ont déménagé en Suisse, ça faisait un peu loin ! Ca m'a fait une expérience, et j'ai pu retrouver du travail assez vite. Je te l'ai déjà dit, je commence le 13 août. Cette fois, je vais m'occuper de trois filles, une de 9 ans, Anaïs, que je vais aussi aider dans ses devoirs, une de 5 ans, Ariana, et une de 4 ans prénommée Lucrèce. J'espère que ça marchera et qu'ils accepteront de me garder, car ce n'est pas toujours évident quand on attend un bébé !

 

Fin 2006, je n'osais plus trop demander à Phil quand il se déciderait Le petit Enzo était né prématurément et nous sommes allés voir ses parents qui avaient bien besoin de compagnie. Quand ton papa voit Steeve, il boit souvent beaucoup. Donc au retour, comme il avait bu juste assez pour être tout tendre et tout gentil (non pas qu'il ait besoin de boire pour ça, bien heureusement, mais pour aborder des sujets glissants, ça aide !), je lui ai demandé où on en était pour le bébé, et s'il comptait m'en faire un en 2007... Il m'a répondu « Oui, on le fera probablement en 2007 ! »

 

Et là, j'y ai cru, vraiment ! J'étais réellement soulagée quand on compare aux discussions précédentes, où le doute subsistait toujours. A l'époque, j'avais arrêté la pilule depuis quelques mois déjà (grand soulagement) car je ne la supportais pas (analyses mauvaise + migraines), et on était revenus, comme un tout jeune couple, aux préservatifs. Les mois se sont écoulés. Phil soufflait le chaud et le froid et je commençais à croire qu'il lui était tout simplement impossible de se décider à me dire oui pour un enfant. Au début de l'année, j'ai sous-entendu (sans lui mettre le couteau sous la gorge, en tout cas, ce n'était pas mon but) que s'il ne me faisait pas d'enfant, je le quitterais car je ne pourrais pas vivre sans ça et je finirais par lui en vouloir. Je ne sais pas si j'aurais pu le faire, vu l'amour que je porte à ton père, mais par moments, il m'est arrivé de le détester à cause de ça, donc peut-être que la haine aurait fini par dépasser l'amour et dans ce cas, j'y serais parvenue.

 

Mais heureusement, le stock de préservatifs est arrivé à sa fin, et un jour, j'ai demandé à Phil ce qu'il comptait faire, et j'ai osé un : « Tu vas pas en racheter, hein, tu peux pas me faire ça ! » Il a dit que non, il n'en rachèterait pas, et on a évoqué l'idée du retrait, tant qu'il n'arriverait pas à se décider.

 

Et c'est moins d'un mois après ça que tu es arrivé ! Comme je l'ai écrit dans ma première lettre, ton papa a pris des risques. Je pense qu'à son âge, avec son expérience, soit il était conscient de ce qu'il faisait et s'est dit « Advienne que pourra », soit son inconscient a parlé pour lui. Comme je le pensais, il m'a avoué qu'il n'aurait jamais pu me dire oui et qu'il valait mieux que ça se passe comme ça. Et même si j'aurais préféré qu'il me donne un vrai feu vert, vu comment il prend bien les choses, me voilà la future maman la plus heureuse de la Terre ! Sans compter que je suis assez heureuse de constater que malgré mes presque 32 ans sans enfant, et les 34 ans de ton papa (qui n'a pas toujours été tendre avec son corps), on a réussi du premier coup (ton papa est très fort pour ça, et même s'il balance des vannes du type « Je vais me faire vasectomiser », je le soupçonne d'être assez fier de ses spermatozoïdes, c'est bien un homme !)

 

Depuis, tout va bien, le principal sujet de divergences entre nous est réglé. Bien sûr, il y a le fait que je voudrais deux enfants (tes grands frère et soeurs sont bien plus âgés que toi et ne vivent pas chez nous, donc j'ai un peu peur que tu sois élevé comme un enfant unique, et je ne peux pas m'empêcher de trouver ça triste. Et puis bon, j'aimerais avoir un garçon et une fille !) et que ton père considère qu'un, c'est déjà largement suffisant ! On verra ce que l'avenir nous réserve, mais déjà, grâce à toi, je sais que je ne serai plus jamais la même, je pourrai enfin être pleinement heureuse, j'aurai la chance d'être compagne, amante et mère, et ton papa m'a fait là le plus beau des cadeaux, je le lui dis souvent. Peu importe le temps qu'il a fallu pour le convaincre, tu es là maintenant, et le reste m'importe peu.

Ce jour où j'ai su que tu étais bien là...

Oui, te voilà...

 

 

Toi que j'ai tant attendu, toi qui me semblais parfois être un rêve impossible à atteindre, te voilà niché dans mon ventre...

 

Et pourtant, malgré ce désir profond, cette journée du 4 juillet fut la plus stressante de ma vie...

 

Cela faisait quelques jours que j'avais des « doutes ». Déjà, je savais que ton papa avait pris des risques (son inconscient lui a sans doute joué des tours) et que même si les chances étaient limitées, elles existaient. Et très vite, j'ai eu des symptômes que je n'avais jamais eus auparavant. Quelques nuits après ta création, j'ai eu des nausées très importantes, et il m'était impossible de rester sur le ventre (oui, ta maman aime dormir sur le ventre, chose qui lui sera impossible très vite, petit monstre !). Ca m'a mis la puce à l'oreille. Les nausées ont continué toute la journée suivante.

 

Ensuite, j'ai eu quelques crampes dans le ventre, et puis surtout, une température qui est restée haute plus longtemps que d'habitude. Et aussi un signe quand même important : les tubercules de Montgomery (sortes de petites boules autour des mamelons)...

 

Bref, plus les jours passaient, plus le stress montait : je te voulais mais je ne savais pas si ton papa te voudrait aussi. Il est déjà papa de trois enfants (eh oui, tu as un grand frère qui aura 13 ans à ta naissance, et deux grandes soeurs qui auront 9 et 7 ans) et même s'il ne voulait pas me priver du bonheur de devenir mère, il tardait vraiment à se décider pour toi. En plus, je travaille dans la garde d'enfants et suite au déménagement de la famille dont je m'occupais depuis plus d'un an, je devais trouver de nouveaux employeurs. J'avais décroché un entretien le vendredi 29 juin alors que j'avais déjà une intuition forte de ta présence en moi. J'ai appris que j'étais engagée le lundi suivant, et je suis allée signer mon contrat ce fameux mercredi 4 juillet, avec dans mon sac les résultats de ma prise de sang que je n'avais même pas osé regarder. Je commence le 13 août. Croise tes doigts minuscules avec moi, petit DianoPhilou, pour que mes nouveaux patrons prennent ma grossesse avec philosophie et acceptent de me garder...

 

Ce 4 juillet, donc, sous la pression énorme de mes copines les ZZ sur Docti, je me suis décidée à aller faire cette prise de sang. Depuis 14 jours, ma température était haute, donc il était temps de vérifier si mes doutes et espoirs étaient fondés. Je me suis rendue au labo, la dame qui m'a piquée m'a fait mal, je devais déjà être tendue car en principe, je n'ai aucun problème avec les piqûres. Résultat à 17h, début de la montée du stress...

 

Toute la journée, j'ai cogité comme jamais : que va-t-il se passer si je suis enceinte ? Comment Phil réagira-t-il ? Comment je ferai pour le boulot ? Et si je ne suis pas enceinte, ne serai-je pas trop abattue ?

 

En plus, le midi, ton papa est rentré très renfermé, avec sa tête des mauvais jours. Je lui avais envoyé un texto pour lui dire que j'avais fait la prise de sang. J'hésitais à la faire ce jour-là car c'était sa grosse journée de boulot du mois, et je sais très bien qu'il est à prendre avec des pincettes dans ces cas-là. Et d'un autre côté, le 4 juillet, c'est l'anniversaire de Nathalie, et Nath est une personne très importante dans notre vie. C'est elle qui s'est dit qu'on irait bien ensemble, ton papa et moi, en nous rencontrant tous deux sur un site internet, et c'est elle qui nous a poussés à discuter. Et c'est même chez elle, dans la maison qu'elle avait louée pour les vacances, que notre histoire a commencé, il y a 5 ans, le jour... de la Saint-Nathalie ! Bref, j'avais l'occasion de faire ma prise de sang ce jour-là, je l'ai saisie.

 

J'ai fait passer mon stress en discutant beaucoup sur le forum avec les ZZ. Merci à elles d'ailleurs pour leur présence enthousiaste et rassurante... J'ai décidé que j'irai chercher les résultats juste avant de partir pour la signature de mon contrat (j'avais rendez-vous vers 19h). Je ne savais pas encore si je regarderai les résultats ou si je les garderai pour plus tard, histoire de ne pas cogiter encore plus à mon rendez-vous.

 

Quand je suis sortie de chez moi, j'avais le sentiment d'être un zombie. Je suis arrivée devant le labo au sommet de mon stress, il a même fallu que je m'arrête pour respirer un grand coup. Ma plus grande peur : que la fille de l'accueil me dise avec un grand sourire « Félicitations ! » ou bien que le résultat ne soit pas protégé par une enveloppe, bref, que je n'aie pas le choix. Eh bien non, on m'a demandé mon nom, on a cherché mes résultats, ils étaient bien dans une enveloppe, et sans aucune hésitation, je l'ai glissée dans mon sac et elle n'a plus bougé de là jusqu'à mon retour à la maison.

 

Je suis allée signer mon contrat à peu près zen, le stress a commencé à descendre juste après ma décision de ne pas savoir. Ensuite, j'ai appelé ton papa pour voir si on pouvait se rejoindre et rentrer ensemble, mais il avait encore du boulot (au final, il est rentré 10 minutes après moi, dommage !). Il a fini par me demander « Et ton analyse de sang, alors ? », et je lui ai dit que je n'avais pas osé regarder et qu'on verrait ça ensemble. Il m'a traitée de patate (tu verras, tu entendras sans doute ce mot très souvent !), il avait l'air plus détendu, et ça m'a rassurée...

 

Une fois à la maison, le stress a recommencé à monter. J'ai posté chez les ZZ, qui s'impatientaient, pour dire que je n'avais toujours pas regardé les résultats, que j'attendais le retour de Phil... C'est là qu'il est rentré. Je me suis affalée sur le canapé, histoire de me relaxer un peu. Il est monté, on a discuté de tout et de rien (discussion de gens stressés qui essaient de se détendre !), j'ai sorti l'enveloppe de mon sac, je l'ai posée sur la table basse, et comme il ne se décidait pas, j'ai fini par lancer : « Bon, on regarde ? »

 

Je lui ai demandé de regarder pour nous deux, il m'a dit qu'il n'y comprendrait sûrement rien ! Il a commencé par regarder le bas de la feuille, avec le tableau récapitulatif des taux, et le premier truc qu'il a vu, évidemment, c'était « taux de 0 à 5 : pas enceinte » ! Je lui ai dit qu'il fallait regarder en haut, j'ai ouvert la feuille et là, je vois « taux : 115mUI/ml » et je dis à ton papa : « Non, je suis bien enceinte... »

 

S'en est suivie une absence de réaction terrible. Il n'a rien dit pendant plusieurs minutes, j'ai essayé de provoquer quelque chose, je lui ai dit « A défaut d'être heureux pour toi, tu es heureux pour moi au moins ? » « Oh oui, pour toi, oui... »

 

C'est terrible de vivre ce genre de choses, de voir l'homme qu'on aime et qui vous aime depuis 5 ans sembler aussi désolé à l'idée d'avoir un enfant. Et ce même si je comprends ses raisons. Heureusement, il s'est déridé assez vite, au dîner...

 

Il y avait la météo et on devait aller au festival Solidays le week-end suivant. Et il a dit, avec un ton comique : « Ah ben il va faire beau pour le dernier festival de notre vie ! » Oui, ton papa est convaincu qu'un bébé et un enfant d'une manière générale, ça empêche de vivre (et il a son expérience qui joue pour lui). J'espère que toi et moi, on arrivera à lui prouver le contraire.

 

Bref, il a sorti plusieurs vannes du même genre toute la soirée, c'était pas méchant, ça lui a permis d'évacuer le stress de la journée et tant mieux. Par contre, on a tous les deux très mal dormi cette nuit-là, et le matin, il ne m'a rien dit, il m'a fait un bisou du bout des lèvres avant de partir au boulot, et moi, j'étais repartie à angoisser comme une malade en m'imaginant déjà en mère-célibataire ! (oui, ta maman est une grande psychoteuse...)

 

Et puis le midi, il est rentré tout zen, rieur, je lui ai dit que j'avais l'impression qu'il avait mal dormi, ce à quoi il a répondu « Ben oui, évidemment ! », je lui ai parlé de mes angoisses, ça l'a fait rire, j'ai encore dû me faire traiter de patate, bref, tout allait bien !

 

 

Le lendemain, 6 juillet, nous nous sommes pacsés. Le rendez-vous avait été pris un mois avant, rien à voir avec toi, donc, mais décidément, les projets se précipitent d'un coup chez les DianoPhil !

 

Au retour, ton papa m'a dit « Va falloir qu'on déménage, et puis va falloir que je passe mon permis, merci, hein ! » (oui, à l'heure où j'écris ces mots, aucun de tes deux parents n'a le permis, malgré notre trentaine bien amorcée !), ce à quoi j'ai répondu « Ben c'est que du positif, tout ça, c'est des projets, c'est génial, on a tellement stagné ces derniers temps ! »

 

Bref, voilà, grâce à toi, nous avançons. Tes parents forment un couple très amoureux et très fort, et j'espère que l'avenir ne nous fera pas mentir. Mais ton papa, à cause de son passé, a du mal à faire des projets sur le long terme. Il a fallu que je le tanne pour le PACS (il veut éviter de se remarier), pour un bébé, pour tout. D'ailleurs, lors de ce fameux dîner du 4 juillet, il m'a dit « Valait mieux que ça se passe comme ça, sinon, tu aurais pu attendre longtemps... » Ca ne m'a pas étonnée, je pensais bien depuis quelque temps déjà qu'il n'arriverait jamais à me dire « Oui, je vais te faire cet enfant... », et je lui ai répondu « Je m'en doutais, et je me demandais si ton inconscient ne t'avait pas joué des tours pour que tu prennes un tel risque à un moment crucial... » « Oui, c'est possible. »

 

Mon bébé, tu es ma petite graine de tournesol, tu te tournes vers la lumière. Tu es mon petit bonheur, mon miracle, et je te chéris déjà énormément, six semaines après ta conception. Je ne veux pas que tu croies que tu es un accident, car un accident, ça ne se passe pas entre deux personnes qui se connaissent si bien depuis plusieurs années. Ton papa savait ce qu'il faisait, c'était son moyen à lui de dire oui à ce que je désirais depuis si longtemps. Alors certes, tu n'étais pas prévu, mais ce n'est pas plus mal. Tu es une surprise, et le plus beau des cadeaux.

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