09.08.2007

Je te présente... tes parents !

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Ton papa et moi, c'est déjà une longue histoire ! Eh oui, 5 ans déjà, ça fait un petit bout de chemin qu'on bourlingue ensemble (et j'espère que lorsque tu seras en âge de lire ces lignes, ce sera toujours le cas).

 

Nous nous sommes connus sur Internet. Ca te paraît sans doute normal à toi pour qui le net a toujours existé, mais ça en a surpris plus d'un dans l'entourage de tes parents.

 

Je me suis inscrite sur Ciao le 13 octobre 2001 (si ma mémoire est bonne). L'ordinateur que j'avais depuis quelques mois venait d'être réparé et j'avais décidé de partir à la recherche de sites permettant de gagner un peu d'argent. Ciao me permettait de gagner quelques sous en écrivant des avis sur tout et n'importe quoi, bref, tout pour me plaire.

 

J'ai commencé à faire quelques connaissances assez rapidement : il y a eu Nathalie, très vite, ainsi que Natasha, Sarah, Sébastien et plein d'autres qui ne sont pas forcément tous restés dans ma sphère bien longtemps... Nous apprécions ce que chacun écrivait et nous échangions via les messageries.

 

J'échangeais beaucoup avec Nath. Elle avait plus de 10 ans de plus que moi, mais je me suis vite sentie proche d'elle. J'avais des soucis à l'époque, je me souviens en avoir discuté avec elle. De son côté, elle n'était pas au mieux non plus. Assez vite, elle s'est mis à me parler de The X Phil. Oui, on avait tous des pseudos sur ce site : moi, c'était Massidia, Nath, c'était farfalle, etc.

 

The X Phil, c'était donc ton papa. Je ne te fais pas l'injure de t'expliquer le jeu de mots, car quand tu liras ces lignes, tu auras déjà suffisamment « subi » la culture de tes parents pour faire le lien toi-même ! Nath m'en parlait mais au début, je n'ai pas ressenti le besoin d'aller le lire. Il a fallu attendre la nouvelle année et les bonnes résolutions qui vont avec pour que je me décide à lire ses textes.

 

Pour te raconter le début de notre histoire sur le net et au-delà, je vais utiliser un texte que j'ai écrit et publié sur Ciao en janvier 2003. Le voici :

 

 

 

Tic-tac, tic-tac, tic-tac…

 

Depuis un an, le temps a pris de drôles de libertés dans ma vie, il a tendance à s’accélérer puis à ralentir de façon inexpliquée, je ne comprends pas, j’ai peur, que se passe-t-il ? ? ? Remontons le fil des événements pour une tentative d’explication…

 

2 janvier 2002, après-midi : Aujourd’hui, je me décide à aller te lire, toi que je ne connais que de nom ou plus exactement de pseudo… Un pseudo qui me fait de l’œil depuis quelque temps déjà, vu le jeu de mots basé sur une série-culte contant les enquêtes paranormales de deux agents du FBI. Certains ciaonautes que j’apprécie te lisent et t’aiment bien, il serait donc temps que j’aille voir de quoi il retourne. Et je plonge directement dans ton dernier avis (trèèèèèèèèès long et trèèèèèèèèèès noir), un bilan d’une année 2001 catastrophique qui me laisse coite… Je sors quelques conneries en commentaire et je m’éclipse après avoir commenté de façon plus traditionnelle un autre avis…

 

2 janvier 2002, dans la soirée : Déjà une réponse, des commentaires sur deux de mes avis, et déjà une confiance… Je suis agréablement surprise de la rapidité de ta réaction et très étonnée de la confiance donnée si rapidement alors que mon intuition (qui s’avérera juste) me dit que ce gars-là ne doit pas la donner facilement, que ce soit sur Ciao ou dans la vie. Je lis un autre de tes avis et te remercie, ça en fait trois. Moi aussi, je décide de te donner ma confiance, chose que je ne fais pas non plus facilement, certains ici le savent !

Dès lors, toi et moi commençons à échanger quelques messages, en plus de lire tous nos avis à venir.

 

23 janvier 2002 : J’écris un avis sur Yann Tiersen et en profite pour parler de toi qui lors de ton premier commentaire avais confondu Tiersen et Fersen. Tu te marres, tu me dis que ça se paiera, et tu me cites également dans un de tes avis, ta vengeance est terrible !

 

2 février 2002 : création d’un avis bien particulier, le squat de newborn, un avis sur lequel on se retrouvera souvent, avec la petite bande de squatters qui perdure aujourd’hui, pour y discuter de choses et d’autres et qui amèneront quelques confidences plus intimes en fin de soirée, lorsque les deux couche-tard que nous sommes étions les deux derniers présents. Squat qui durera jusqu’à l’éviction de newborn et la disparition mystérieuse de cet avis-symbole, en mai. Paix à l’âme de cet avis !

 

Février 2002 : harcèlement : « C’est quoi ton pseudo sur AIM ? » me demandes-tu à plusieurs reprises dans ma BAL. Je te réponds systématiquement que je n’ai que MSN, tu finis par me dire que MSN c’est tout pourri, et puis tu craques  et tu le télécharges. Ca m’amuse et ton empressement me touche. Les deux premiers soirs, nous ne sommes pas connectés au même moment, chacun râle dans la BAL de l’autre et je dis à farfalle et à Chagris un soir, sur ce même MSN, qu’on n’arrive pas à se trouver. Déjà elles me taquinent : « Ah bon ? Vous allez vous parler sur MSN ? » dit l’une, ce à quoi l’autre rétorque un truc du genre : « Tu m’étonnes ! » Bande de sous-entendeuses !

 

Dès lors, le temps m’échappe… Chaque nuit ou presque au début, puis chaque nuit tout court, nous parlons, de plus en plus longtemps, de tout et de rien, mais surtout de tout. Pour toi comme pour moi, se confier aussi facilement à une personne que l’on connaît si peu paraît incroyable autant qu’évident. A cette époque, tous les deux passions par une période difficile, moi devant me rendre régulièrement dans un endroit que j’exècre, toi te battant contre une histoire impossible qui te brise. Tes avis continuent à être noirs, tu m’inquiètes, et je me mets à haïr la responsable que je ne connais pas et qui, très vite, me jalousera.

 

Minuit, deux heures, trois heures du matin… Ce n’est qu’un début, nos conversations durent de plus en plus longtemps, et sans temps mort. Nils 3000 me dit un soir une chose qui me fait sourire et à laquelle j’ai du mal à trouver une réponse : « Mais qu’est-ce que vous pouvez bien vous raconter pendant tout ce temps ? » Il a raison : comment est-ce possible de se parler en continu pendant plus de 5 heures sans s’ennuyer une seconde ? Non, il a tort en fait, c’est parfaitement logique, je ne sais pas en quoi, mais c’est évident. Point. Et lorsque, pour une raison ou pour une autre, je suis privée des ces moments magiques où le temps Phil, ça me manque… Et à toi aussi, je pense.

 

Tictactictactictactictactictactictactictactictactictactictactictactictactictactictactictactictactictac, chaque nuit c’est pareil, et a contrario, que la journée paraît longue…

 

Mars 2002 : la situation que je vis m’épuise : je parle avec toi la nuit et je dois être sur le pont le jour à cause de ce fichu hôpital où ma grand-mère se trouve. Je te dis un soir que je pense aller passer quelques jours chez ma mère en Lozère début avril et je te demande quand tu comptes partir chez tes parents, puisque tu l’as prévu : « Début avril », me réponds-tu, tout en ajoutant ton célèbre : « Comme c’est tétonnant ! » Oui, c’est vrai, c’est tétonnant, l’un comme l’autre ne sortons pas beaucoup à cette époque-là mais nous sortons quasi-systématiquement le même jour ! Les jours passent, je me demande déjà comment je vais pouvoir me passer de toi tout ce temps. Argh, moi qui n’aime pas la dépendance, je suis servie !

 

31 mars/1er avril 2002 : tu as pondu un avis, le fameux questionnaire Par Q rebaptisé plus tard « Quelle heure est-il ? » et tu m’as demandé de prendre ta suite. Ce soir-là, nous sommes au squat en compagnie de plein de monde, balistik décide de faire le questionnaire et je m’y mets aussi. Tu me diras plus tard que tu espérais pouvoir lire certaines choses dans ce questionnaire, des sous-entendus te concernant, chose que j’ai bien pris soin de ne pas faire ! Au contraire, ce que j’y mets te refroidit un peu, me diras-tu plus tard. J’y avoue ma crainte de tomber amoureuse et dis deux-trois choses qui te font douter… Cela ne nous empêche pas de battre notre record, ce soir-là, et de rester ensembleS jusqu’au-delà de 6 heures du matin… Déjà ? Mais on discute depuis même pas une heure… Non, à peu près six fois plus… Ah bon ? A cette époque-là, on était déjà tout là-haut, là-bas et le temps n’avait plus aucune prise sur nous. Finalement, tu te dis qu’il serait pas mal de dormir deux heures avant de prendre ton train… On se quitte, a priori pour deux semaines.

 

8 avril : Evidemment, j’ai pris ton adresse discrètement, c’est ton anniversaire après-demain, je vais pas rater ça, que crois-tu ? Et je n’ai pas envie de t’envoyer un mail, c’est pas très original pour nous, d’autant que rien ne prouve que je vais trouver un ordinateur relié à Internet dans la cambrousse où je me trouve ! Alors je prends du papier, un stylo, et je tente de m’appliquer, connaissant ma tendance aux pattes de mouche illisibles… Assez étonnamment, plus on tente de s’appliquer, moins ça donne quelque chose de bon, surtout quand on écrit à celui qui nous manque tant sans qu’on veuille vraiment l’admettre. Mais je persiste. J’écoute Archive pour me détendre et te demande de deviner quel disque j’ai mis, puisque nous avons déjà à l’époque développé cette télépathie qui nous amuse tant. J’envoie la lettre et j’espère une réponse, je ne te le cache pas d’ailleurs !

 

Tiiiiiiiiiiiiiiiiiiiic…………………. Taaaaaaaaaaaaaaaaaaaac…………………. Que le temps paraît long, loin de toi et sans nouvelles…

 

Environ une semaine plus tard, je la reçois : une lettre aussi longue que la mienne (ben oui, on a toujours autant à se dire), pas toujours gaie, hélas, mais me laissant entendre que ma lettre t’a fait extrêmement plaisir. Malheureusement, tu l’as reçue le lendemain et tu me « vouais déjà aux pires supplices » pour t’avoir oublié ! Tu me réponds évidemment que j’écoutais Archive au moment de t’écrire, et tu tombes dans le mille… Bon, c’est pas le truc le plus difficile qu’on ait fait en matière de télépathie tous les deux, mais ça fait toujours plaisir. Ta réponse, je l’ai attendue en trépignant d’impatience, c’était terrible… Mais une fois reçue, je n’avais déjà plus vraiment de doutes concernant mes sentiments comme concernant les tiens…

 

Fin avril : je finis par rentrer, j’ai passé trois semaines loin de tout ça et heureuse de retrouver mon ordinateur et mon interlocuteur préféré. Tu me dis d’éviter de lire les avis que tu as publiés tant que je ne me sens pas d’attaque… J’en lis quand même un, ton Questionniversaire. En effet, c’est pas très encourageant, drôle au début, beaucoup moins à la fin. J’encaisse quand même, je te commente et on discute à nouveau pendant des heures sans se rendre compte qu’une fois de plus, on ne va pas dormir beaucoup cette nuit.

 

Je finis par lire tes autres avis : l’un d’entre eux m’assomme évidemment, j’imagine que tu sais lequel… Elle est toujours là. Je fais comme si de rien n’était et toi, une fois de plus, tu regrettes d’avoir écrit ça et de t’être fait jeter en retour. Eternel recommencement, mon angoisse principale, cette histoire finira-t-elle un jour ?

 

Mai 2002 : Tu décides de m’envoyer un mail du boulot au lendemain d’un coup de cafard de ma part et tu recommenceras presque chaque jour… On nous anéantit le squat que l’on fait renaître très vite, à la faveur d’une panne sur MSN, sur un de mes avis, comme une évidence vu son titre… A cette époque, tu te lances de plus en plus dans des sous-entendus sans équivoque et je deviens la reine de l’esquive, c’est ainsi que tu me rebaptises ! Un soir, je décide de ne pas esquiver, mais tu comprends l’inverse de ce qu’il faut comprendre. Tu crois que je te jette, mais tu ne me le dis pas. J’ai un doute sur ce que tu as compris mais je n’en suis pas sûre… Le lendemain, tu écris un avis magnifique sur Le Petit prince, à la fois terriblement glaçant et porteur d’espoir… Et ce même jour, Cyrille t’a ouvert les yeux sur ce que j’ai vraiment voulu dire. Je saurai tout ça plus tard…

 

Juin 2002 : Tu commences à insister pour qu’on se voie… Là encore, j’hésite. Tu piques une (gentille) crise quand tu apprends qu’Etienne.C et talea vont me rendre visite le dernier week-end du mois… « Enfin, je fais mon caliméro, hein, sinon tu serais déçue... Je te signale
que ça fait plein de fois que je te dis que je voudrais te voir, et voilou
maintenant t'accueille plein de gens en même temps et même pas mouaaaaaa,
bouhouhouhouhouuuuuuuuuuuuuu... »

Fin juin, grosse crise pour moi, on échange jusqu’à 10 mails dans la journée, tu t’occupes de moi comme jamais. De ton côté, tu vas mieux, tu as enfin tourné la page du passé et n’attends qu’un signe de ma part.

 

Juillet 2002 : Je prends mal une petite pique que tu m’as lancée via un mail. Je te réponds et te dis que je vais prendre un ou deux jours de recul. J’attends quand même ta réponse, qui interviendra vers minuit… La plus belle déclaration d’amour qui soit se présente sous mes yeux… J’ai du mal à m’en remettre mais je tiens, j’ai besoin de m’éloigner un peu. Tiiiiiiiiiiiiiiiic…………… Taaaaaaaaaaaaaaaaac……………….

Lorqu’on se retrouve sur MSN, tu attends quelque chose qui ne vient pas, car j’ai beau en mourir d’envie, je ne peux pas dire je t’aime à quelqu’un que je ne connais pas de visu car au fond de moi, une petite voix de plus en plus ténue me dit que je ne ressentirai peut-être pas la même chose une fois qu’on se sera rencontrés… Pourtant, cet amour, je l’ai sous-entendu pas mal de fois déjà…

 

Farfalle, hasard ou pas, nous invite tous les deux à la rejoindre dans la maison qu’elle a louée dans le Vaucluse fin juillet. Du coup, on se décide : tu viendras d’abord chez moi le 22 et on la rejoindra le 24.

Le 19, tu me laisses un commentaire sur un de mes anciens avis (tu t’es mis en tête de lire tous mes avis et tu y es parvenu) qui me fait mal. Du coup, je fais silence pendant 24 heures et ça te pousse à m’appeler au téléphone, par-delà l’angoisse. Premier coup de fil : je ne suis pas seule, ça dure deux minutes, j’étais sûre que c’était toi… Je n’avais pas compris, sans doute à cause du stress, que tu sortais ce soir-là… Alors je t’ai attendu… jusqu’à 4 ou 5 heures du mat’, avec balistik qui m’a tenu compagnie sur MSN et qui a récolté mes confidences. Je suis tombée ce soir-là (tu doutais du fait que ce soit un hasard et pourtant…) sur ton avis sur les relations entres les hommes et les femmes… Tu as trouvé un commentaire en rentrant, et tu t’es immédiatement mis à l’avis-défi que Cyrille t’avait imposé. Un avis où tu parlais de la place que lui et moi avions pris dans ta vie et un avis qui n’a pas manqué sa cible.

 

22 juillet : Je suis fébrile, certes, un peu speed, mais finalement pas tant que ça… Cette rencontre, au fond, je l’attends depuis si longtemps qu’il est plus que temps qu’elle ait lieu ! Tu es dans le train, j’ai mille choses à faire avant ton arrivée… Mais que le temps passe vite aujourd’hui… Vite et lentement à la fois, bizarre… Je rate mon bus, j’arrive en retard, je ne te trouve pas, le quai d’arrivée n’est déjà plus affiché, argh ! Je demande de l’aide à un gilet rouge de la SNCF qui me dit que le mieux est de passer un appel au micro… Je préfère faire un dernier tour et évidemment, je te vois… Bises sur les joues, je tente de détendre l’atmosphère en te racontant le coup de l’appel au micro et tu me réponds que si je l’avais fait, tu aurais pris le premier train pour Paris ! Premier rire « en live ». Des bagages dévalent dans l’Escalator, échappant à leurs propriétaires, on est obligé d’escalader vite fait pour éviter de se casser la gueule à l’arrivée : « Ah, ces Marseillais ! ». On continue de rigoler, le stress est toujours là, mais s’efface petit à petit. On passe chez moi en coup de vent et on part à l’assaut de la ville, car j’ai décidé de te prouver que Marseille n’est pas une ville pourrite, comme tu te plais à le croire… Vieux-Port en fin d’après-midi, en plein été, tu ne résistes pas bien longtemps aux charmes de la cité phocéenne, on parle à bâtons rompus, on se croirait sur le net ! On finit par s’arrêter dans un resto qu’on ne quitte qu’à minuit, en prenant le soin de laisser une facture d’eau du robinet énorme derrière nous ! Ce soir-là, on ne se couchera qu’à 6 heures passées, et à 7h, on est encore en train de rire comme des grands malades que nous sommes… 2 jours seulement passés à Marseille et l’impression d’avoir parlé une semaine entière sans s’arrêter et toujours sans s’ennuyer une seconde…

 

24 juillet 2002 : TER pourri jusqu’à Avignon, on crève de chaud… Je vais enfin rencontrer celle qui, dans notre petite famille du net, joue le rôle de ma maman virtuelle ! Nathalie, alias farfalle sur Ciao nous attend dans le hall, on part pour Roussillon, dans une villa avec piscine et vue sur les rochers ocre du village… On part surtout pour quelques jours de détente absolue ! Pour ne pas dire d’oisiveté parfaite ! Nath et sa tante, également présente, se couchent relativement tôt, nous continuons nos rires et conversations noctambules, voire plus car affinités…

 

28 juillet 2002 : l’heure de la séparation, d’autant plus désagréable qu’on se rend compte que nous ne partons pas de la même gare. Tu repars par la gare TGV d’Avignon et moi en TER… Nath fait le taxi entre les deux. Séparation difficile, certes, mais on sait que c’est le début d’une grande histoire et on reste tout là-haut, là-bas…

 

Depuis, le temps Phil en continu. On a survécu à la Route du rock et à son déluge d’eau et de boue, à ton éviction de Ciao, à une Murder party en guise de réveillon, à un voyage en train épique au retour des fêtes de fin d’année chez tes parents et surtout aux 800 bornes qui nous séparent. Le temps Phil comme le vent quand on est ensembleS, que ce soit sur le net, au téléphone (« Mais non, arrête de déconner, ça fait pas une heure qu’on se parle ? » « Ben si, pourtant ! ») ou à plus forte raison quand les 800 bornes précédemment citées ne sont plus qu’un mauvais souvenir.

 

Un an déjà, cette rencontre virtuelle

Six mois déjà, tous les deux. Six mois, c’est à la fois si peu et si énorme. C’est peu pour un couple, c’est énorme car pour nous, ça fait six jours… Ou bien depuis toujours… Enfin, quelque part au milieu, quoi ! C’est peu aussi parce qu’en six mois, en un an, on n’a pas pu se dire tout ça, on n’a pas pu faire tout ça, c’est impossible, c’est pas humain… Et pourtant si, non seulement, on n’a pas arrêté de parler, mais on continue de le faire autant qu’avant… Mon ordi me fait un coup bas et immédiatement, je me demande comment je vais survivre si je n’ai pas mes trois ou quatre heures quotidiennes de MSN avec l’homme que j’aime… On dormira, un jour (une nuit), tu crois ?

 

Je les hais, ces 800 kilomètres. Je me sens seule, loin de toi… Ca fait douze jours que je suis rentrée et ces douze jours durent beaucoup plus longtemps que les trois semaines passées ensembleS auparavant… Comment ça, je me fais des idées ? Si, si, j’en suis sûre, le temps nous joue des tours, il fait durer une heure une seconde quand on est tous les deux et la seconde dure une heure quand on est loin l’un de l’autre… Tout à l’heure, je t’ai dit qu’on était pile au milieu de notre période de séparation, tu m’as répondu : « Fais attention aux mots que tu emploies ! » J’ai souri, j’ai remplacé séparation par éloignement, ça te convenait mieux.

 

Ca ne durera pas… Mais non, pas notre histoire ! Ces 800 kilomètres, on leur tordra le cou un jour… Et au temps aussi, par la même occasion, il cessera de nous faire tourner en bourrique et philera en permanence… Moi, dans la grisaille parisienne ? Qui l’eût cru ! Et pourtant… Aujourd’hui, j’y vois un avantage certain… Etre proche de toi, tout le temps, être proche d’eux aussi : Sarah, Etienne, Nathalie, Cyrille, Claire, Florian, Natasha, Aurélia, Sébastien et Alex, les Lillois, Fred que j’espère avoir l’occasion de mieux connaître et ceux que je ne connais pas encore… Oui, Paris a du charme : le charme d’une histoire d’amour, le charme de ces amitiés récoltées sur Ciao, le charme d’Internet qui ouvre des milliers de possibilités, le charme d’une année 2002 vraiment pas comme les autres…

 

A TheXPhill, avec une ou deux l, je t’aime…

Toujours tout là-haut, là-bas.

 

PS : Nath, Flo, excusez-moi d’avoir mis une majuscule à vos pseudos en début de phrase ! Alex, ne m’en veux pas de mettre une majuscule à ton prénom ! Je suis conventionnelle parfois !

 

 

 

 

J'ai relu mon texte en l'ajoutant à celui-ci, et ça m'a terriblement émue, plus de 4 ans après l'avoir écrit. Bien entendu, en 4 ans, pas mal d'eau a coulé sous les ponts. On a trouvé l'appartement dans lequel nous vivons toujours lorsque j'écris ce texte, à Nanterre, et j'ai déménagé fin juin 2003. Je me suis éloignée de ma famille, de mes quelques amis, du soleil et de la mer. Il m'arrive encore aujourd'hui d'avoir un coup de blues, notamment à cause du climat, mais la vie parisienne a ses avantages : je vois assez régulièrement Nath et son ami Marc, Cyrille, Claire, je ne vois plus trop les autres mais j'espère pouvoir en inviter quelques-uns (Sarah, Flo) à notre fête pour le PACS, mi-septembre, et nous en profiterons pour annoncer ta prochaine venue au monde.

 

Ca n'a pas été facile tous les jours de faire face à de nouvelles responsabilités : il a fallu que j'apprenne à être une belle-maman, par chance, ton grand frère et tes grandes soeurs ont été assez cools avec moi, mais bon, ça reste une chose pas toujours facile, quand on est un jeune couple, on n'a pas forcément envie de devoir composer avec des enfants dont on n'est pas la mère. En parlant de mère, on ne peut pas dire que les relations avec la mère des enfants étaient agréables. Depuis, ça s'est heureusement tassé, mais on a vécu quelques moments difficiles à cause de ça. Par chance, elle m'a toujours appréciée, ce qui ne coule pas forcément de source.

 

Bref, notre relation a grandi, et on peut dire que tes parents sont un couple plutôt zen. On ne se disputait que très rarement, et quand on le faisait, c'était souvent à cause d'un désaccord au sujet de ses enfants, de son ex, ou bien (le plus souvent) de nos futurs enfants.

 

J'ai toujours voulu des enfants. Bon, ok, c'est une phrase-cliché qui ne veut pas dire grand-chose. Ceci dit, je savais que Phil ne voulait plus d'enfants, a priori. Déjà, les trois qu'il a eus lui ont plus ou moins été imposés, il n'a jamais eu le temps de désirer en avoir. En plus, il a eu Damien jeune et il a dû abandonner ses rêves de cinéma pour entrer dans l'informatique de banque, un tout autre domaine. Enfin, rien ne dit que ça ne changera pas à nouveau.

 

Aussi, dès le début de notre histoire, j'ai mis les points sur les i : « Tu sais, je veux des enfants ! » ce à quoi il a répondu (il ne s'en souvient pas) « Et je ne veux pas t'en priver. »

 

Pendant les deux premières années de notre relation, il nous est arrivé d'aborder le sujet, mais de manière légère. A l'époque, je voulais surtout profiter de lui et prendre mes marques, et le désir d'enfant n'était pas encore entré en jeu. En plus, avant lui, je ne sortais pas beaucoup, et ensemble, avec toutes nos passions communes, nous passions notre vie au cinéma, en concert, dans des festivals ou au théâtre, et à l'époque, j'avais besoin d'en profiter (et lui aussi, qui avait dû faire pas mal de compromis avec son ex). Au passage, j'espère que nous réussirons à concilier notre vie de parents avec notre vie culturelle, je sais qu'il serait fou de croire qu'on pourra toujours sortir autant (et de toute façon, je veux profiter de toi !), mais on doit pouvoir élever des enfants sans pour autant être prisonnier chez soi, n'est-ce pas !

 

Vers mars-avril 2004, j'ai été un peu déprimée. J'ai mis ça sur le compte du printemps qui tardait à arriver (je n'étais pas habituée, forcément), mais petit à petit, il m'a paru évident que j'avais un manque, et que ce manque était du genre à pleurer, manger et faire caca tout le temps (la belle vision de ton père du nouveau-né est, il faut bien le dire, assez réaliste !). Je n'ai pas trop osé en parler à ton père à l'époque, comme je l'ai dit, les relations avec son ex étaient tendues, il avait du mal à se relever du divorce financièrement et ça n'aurait de toute façon pas été terrible de faire un enfant dans ces conditions.

 

Quelques mois plus tard, début novembre, j'ai voulu faire une recherche sur les différentes possibilités pour remplacer une dent. J'étais en pleine « cure » chez le dentiste après 10 ans sans me faire soigner, autrement dit, y'avait du boulot. C'est ainsi que je me suis retrouvée sur les forums de Doctissimo et que je suis tombée sur la partie « Désir d'enfant ». Je suis tombée sur un post de minilili, qui était déprimée parce que son petit-ami ne comprenait pas son désir d'avoir un enfant et refusait de céder. Je lui ai répondu. Et de fil en aiguille, on a créé un club, les Chuis pas prêt, qui après un peu moins d'un an et quelques bisbilles a donné naissance aux Zamies Zéniales, alias les ZZ. Ca m'a fait beaucoup de bien de pouvoir parler de mon désir de plus en plus grand d'avoir un enfant, et d'être comprise par des filles qui se trouvaient plus ou moins dans le même cas que moi. En mars 2005, j'ai décidé d'écrire une longue lettre à ton papa, dans laquelle je lui expliquais que j'allais avoir 30 ans, que mon envie d'avoir un enfant grimpait, que je comprenais ses réticences, mais qu'il m'avait dit qu'il ne voulait pas m'en priver, et que je craignais que plus il repousserait, moins il en aurait envie. En plus, ses enfants grandissaient, et j'avais peur que l'écart soit trop grand quand il se déciderait (c'est un peu le cas, d'ailleurs, tu auras 7 ans d'écart avec la plus jeune).

 

J'avais été agréablement surprise par sa réponse : il me disait qu'il comprenait tout ça, qu'il n'avait toujours pas envie d'avoir un nouvel enfant mais que l'idée d'en avoir un avec moi était envisageable. Cependant, selon lui, notre situation ne s'y prêtait pas encore, mais il ne voulait pas repousser à la Saint-Glinglin, donc si je trouvais une activité d'ici là, on pourrait l'envisager « dans un an ».

 

Il n'était pas clair par rapport à l'idée d'activité, mais j'ai décidé de me remettre à l'écriture et j'ai commencé à répondre à des annonces pour du travail. Ta maman est parfois trouillarde, et elle a toujours eu une appréhension concernant le travail. Pour ne rien arranger, elle avait connu un sale expérience quelques années auparavant qui l'avait encore plus bloquée. Et pour couronner le tout, cette année-là, je me suis mise à souffrir de divers symptômes, notamment des douleurs terribles autour de l'estomac. Au début de l'été, on m'a diagnostiqué de RGO (reflux gastro-oesophagiens). Rien de grave (les bébés en ont souvent, j'espère que tu y échapperas), mais c'est assez handicapant. On m'a prescrit un médicament qui n'a pas fait grand-chose mais de mon côté, j'ai pris un traitement homéopathique qui a bien calmé tout ça. Seulement, jusqu'à octobre, je n'ai pas pu faire grand-chose (et puis bon, de toute façon, ne nous le cachons pas : ta mère est paresseuse, j'espère que tu n'as pas hérité de ce gêne-là !).

 

Toujours est-il que la fin d'année est arrivée, et ton papa ne m'a rien dit. J'ai attendu le début de l'année 2006 et toujours rien. A ce moment-là, on peut dire que j'ai commencé une bonne déprime. J'avais eu 30 ans quelques mois auparavant et je me demandais si l'homme de ma vie ne se foutait pas un peu de moi. Je commençais à croire qu'en restant avec lui, je n'aurais jamais d'enfants. Mais j'avais à l'époque (j'ai réussi à me débarrasser un peu de ça et je dis les choses plus facilement maintenant) un côté cocotte-minute, j'encaissais sans broncher jusqu'à l'explosion. Et l'explosion s'est produite quand j'ai appris par un tiers qu'un couple d'amis plus « jeune » que nous essayait de faire un bébé (en fait, le bébé était même déjà conçu, mais nous ne le savions pas). J'ai eu beaucoup de mal à encaisser le coup et les réflexions de Phil (« C'est pas parce que certains font une connerie qu'il faut qu'on fasse la même », etc.). Et après le départ de nos amis, j'ai vidé mon sac. Ca nous a fait beaucoup de bien. Il en est ressorti que je n'avais pas rempli ma part du contrat (trouver un travail) et que la situation n'était toujours pas idéale. J'ai répliqué qu'il n'y a jamais de situation idéale et que la nôtre n'était pas si mal. Il m'a encore une fois soutenu qu'il ne se fichait pas de moi. Bon...

 

A partir de là, j'ai eu moins de mal à avancer : j'avais eu l'explication que je recherchais, j'étais à peu près débarrassée de mes douleurs épigastriques, et je me suis remise aux petite annonces. En plus, il faut bien l'avouer, mes finances étaient basses. Quand je me suis installée en région parisienne, je n'ai pas été une charge pour ton papa (je ne l'aurais pas voulu, d'ailleurs), car j'avais hérité de ma grand-mère une somme assez conséquente, qui m'a permis de vivre environ 3 ans tranquillement.

J'ai envoyé pas mal de CV pour des postes d'accueil et de secrétariat, et parallèlement, j'étais inscrite sur pas mal de boîtes pour donner des cours particuliers. C'est ainsi qu'un jour, on m'a laissé un message sur mon portable pour faire du soutien scolaire. Quand j'ai rappelé, la nana m'a dit que l'annonce était pourvue mais qu'il y avait une possibilité de faire un remplacement de congé maternité pour une garde d'enfants. J'ai dit ok, je n'avais rien à perdre. Ca s'est très bien passé, bien que les enfants n'aient pas toujours été faciles. Je m'occupais surtout de Léa, 4 ans et de Thibault, 10 ans, mais il y avait aussi Clément, 12 ans sur lequel je gardais un oeil. La maman a décidé de me garder, j'ai donc signé un CDI en septembre 2006 (avec, en plus, du soutien scolaire pour Thibault, une grande expérience !), et je suis restée chez eux jusqu'à début juillet. J'aurais pu continuer mais ils ont déménagé en Suisse, ça faisait un peu loin ! Ca m'a fait une expérience, et j'ai pu retrouver du travail assez vite. Je te l'ai déjà dit, je commence le 13 août. Cette fois, je vais m'occuper de trois filles, une de 9 ans, Anaïs, que je vais aussi aider dans ses devoirs, une de 5 ans, Ariana, et une de 4 ans prénommée Lucrèce. J'espère que ça marchera et qu'ils accepteront de me garder, car ce n'est pas toujours évident quand on attend un bébé !

 

Fin 2006, je n'osais plus trop demander à Phil quand il se déciderait Le petit Enzo était né prématurément et nous sommes allés voir ses parents qui avaient bien besoin de compagnie. Quand ton papa voit Steeve, il boit souvent beaucoup. Donc au retour, comme il avait bu juste assez pour être tout tendre et tout gentil (non pas qu'il ait besoin de boire pour ça, bien heureusement, mais pour aborder des sujets glissants, ça aide !), je lui ai demandé où on en était pour le bébé, et s'il comptait m'en faire un en 2007... Il m'a répondu « Oui, on le fera probablement en 2007 ! »

 

Et là, j'y ai cru, vraiment ! J'étais réellement soulagée quand on compare aux discussions précédentes, où le doute subsistait toujours. A l'époque, j'avais arrêté la pilule depuis quelques mois déjà (grand soulagement) car je ne la supportais pas (analyses mauvaise + migraines), et on était revenus, comme un tout jeune couple, aux préservatifs. Les mois se sont écoulés. Phil soufflait le chaud et le froid et je commençais à croire qu'il lui était tout simplement impossible de se décider à me dire oui pour un enfant. Au début de l'année, j'ai sous-entendu (sans lui mettre le couteau sous la gorge, en tout cas, ce n'était pas mon but) que s'il ne me faisait pas d'enfant, je le quitterais car je ne pourrais pas vivre sans ça et je finirais par lui en vouloir. Je ne sais pas si j'aurais pu le faire, vu l'amour que je porte à ton père, mais par moments, il m'est arrivé de le détester à cause de ça, donc peut-être que la haine aurait fini par dépasser l'amour et dans ce cas, j'y serais parvenue.

 

Mais heureusement, le stock de préservatifs est arrivé à sa fin, et un jour, j'ai demandé à Phil ce qu'il comptait faire, et j'ai osé un : « Tu vas pas en racheter, hein, tu peux pas me faire ça ! » Il a dit que non, il n'en rachèterait pas, et on a évoqué l'idée du retrait, tant qu'il n'arriverait pas à se décider.

 

Et c'est moins d'un mois après ça que tu es arrivé ! Comme je l'ai écrit dans ma première lettre, ton papa a pris des risques. Je pense qu'à son âge, avec son expérience, soit il était conscient de ce qu'il faisait et s'est dit « Advienne que pourra », soit son inconscient a parlé pour lui. Comme je le pensais, il m'a avoué qu'il n'aurait jamais pu me dire oui et qu'il valait mieux que ça se passe comme ça. Et même si j'aurais préféré qu'il me donne un vrai feu vert, vu comment il prend bien les choses, me voilà la future maman la plus heureuse de la Terre ! Sans compter que je suis assez heureuse de constater que malgré mes presque 32 ans sans enfant, et les 34 ans de ton papa (qui n'a pas toujours été tendre avec son corps), on a réussi du premier coup (ton papa est très fort pour ça, et même s'il balance des vannes du type « Je vais me faire vasectomiser », je le soupçonne d'être assez fier de ses spermatozoïdes, c'est bien un homme !)

 

Depuis, tout va bien, le principal sujet de divergences entre nous est réglé. Bien sûr, il y a le fait que je voudrais deux enfants (tes grands frère et soeurs sont bien plus âgés que toi et ne vivent pas chez nous, donc j'ai un peu peur que tu sois élevé comme un enfant unique, et je ne peux pas m'empêcher de trouver ça triste. Et puis bon, j'aimerais avoir un garçon et une fille !) et que ton père considère qu'un, c'est déjà largement suffisant ! On verra ce que l'avenir nous réserve, mais déjà, grâce à toi, je sais que je ne serai plus jamais la même, je pourrai enfin être pleinement heureuse, j'aurai la chance d'être compagne, amante et mère, et ton papa m'a fait là le plus beau des cadeaux, je le lui dis souvent. Peu importe le temps qu'il a fallu pour le convaincre, tu es là maintenant, et le reste m'importe peu.