02.03.2008

A parte

Dianophiloute souhaite une bonne fête à ses deux grands-mères, et pense particulièrement à sa mémé, Chantal, qui entre à la clinique cet après-midi pour une opération demain. Dianophiloute, son papa, sa maman, son frère Damien et ses soeurs Justine et Amélie croisent leurs doigts pour que tout se passe sans fausse note !

 

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14.10.2007

C'était mon père (hommage)

Aujourd'hui, cela fait 11 ans que mon papa est décédé. Une terrible maladie l'a emporté en quelques semaines en octobre 1996. Toute la famille en a été bouleversée, moi la première. J'étais très proche de lui et avec le recul, je me rends compte que j'ai eu beaucoup de mal à m'en remettre, sans doute en partie parce qu'au lieu de me laisser tomber complètement dans le fond de la piscine pour rebondir ensuite, je suis restée pas mal de temps entre deux eaux. Depuis une paire d'années environ, je pense m'en être à peu près remise. A peu près, parce qu'on ne se remet jamais complètement de la mort d'un parent, surtout quand on l'a perdu jeune (il avait 47 ans, j'en avais 21). J'espère que tu seras préservé longtemps de ce malheur, mon bébé. Je souhaite rendre hommage à mon père, à ce grand-père que tu ne connaîtras qu'à travers moi, en ce jour où l'on fête les Juste. Ironique, n'est-ce pas ? Pas tant que ça, finalement, car la vie de mon père était tellement compliquée, il avait tant de mal à s'en sortir que finalement, c'était peut-être pour lui une libération, et dans ce cas, partir le jour de la Saint-Juste n'est pas si mal...

 

Premier texte écrit en décembre 2001, sur le site Ciao, le site sur lequel j'ai rencontré ton papa. Ajouts effectués en juin 2002 et en janvier 2004.

 

 

Lorsque je suis arrivée sur Ciao, il y a un peu plus de deux mois, je n’aurais jamais pensé qu’un jour, je me confierais de la sorte. Raconter cette histoire à des gens que je côtoie au mieux depuis 8 semaines et à d’autres qui me liront sans doute pour la 1ère fois me paraît surréaliste à moi, d’ordinaire si pudique. En fait, ce témoignage, beaucoup de personnes de mon entourage n’en connaissent que l’essentiel, d’autres ne savent rien. Mais Ciao a eu l’idée de ces nouvelles rubriques et les avis fleurissent. Peut-on encore parler d’avis d’ailleurs ? Des récits parmi ceux qui ont été publiés m’ont ramenée 5 ans en arrière. Les fêtes me mettent d’humeur morose, les chansons qui passent à la radio n’arrangent rien, la mort de George Harrison ne m’a pas aidée non plus, et tout cela fait que je cogite plus que jamais et que je me décide à parler. Arriverai-je au bout, je ne sais pas. Pour tout vous dire, je suis à bout de nerfs et je tremble comme une feuille. Pas parce que j’ai peur de me confier à vous mais parce que l’émotion me submerge. Parce que cette histoire, c’est le drame de ma vie.

C’était il y a 5 ans, en 1996. Cet été-là s’était assez bien passé, j’avais comme d’habitude des épreuves à retenter en septembre mais rien de bien méchant. J’étais partie 3 semaines en Savoie avec une amie qui devait faire une cure thermale pour mincir, tandis que moi, je gardais ma gourmandise habituelle en essayant de ne pas trop manger de chocolat devant elle ! Et puis, Dieu sait pourquoi, je me suis mise à m’angoisser. J’avais écrit à mon père pour son anniversaire, le 26 juin, il ne m’avait pas répondu. C’était inhabituel, j’hésitais entre l’agacement et l’inquiétude. J’ai commencé à faire des crises d’angoisse, palpitations, fourmis partout, impossible de dormir. Ma copine m’a envoyée de force chez le médecin qui s’occupait de sa cure, en fait, elle m’a même accompagnée pour être sûre que je m’y rende ! A l’époque, déjà, je n’aimais pas tellement les médecins. En fait, ça allait un peu mieux. Papa s’était enfin décidé à me répondre. Sa dernière lettre. A priori, elle ne contenait rien d’alarmant. Au contraire, elle était plutôt pleine d’espoir. Après coup, elle est riche de symboles :

«Le fait de rentrer dans ma 48ème année n’a pas modifié grand-chose dans ma vie. Mais peut-être que (…) me permettra de remonter la pente. En tout cas, c’est ce que j’espère. (…) PS : la carte de fête des pères était de circonstance. Espérons que c’est un bon présage. »

Mon père a toujours galéré, en tout cas, je l’ai toujours connu comme ça. Instable, toujours entre deux boulots. Et pourtant si intelligent, si cultivé, tout le monde s’accorde à dire qu’il était brillant mais qu’un grain de folie avait enrayé la machine. En fait, il était surtout partagé entre deux choses totalement incompatibles : faire plaisir à son propre père, très carré, très intransigeant qui l’a dirigé vers la banque et suivre son chemin artistique. Il était guitariste, il chantait, était mélomane, avait des talents d’orateur et d’écriture. C’est à lui que je dois ma passion pour la musique, bien entendu. Pour l’écriture aussi.

Un jour, quand j’avais 16 ans, je lui ai dit : «Papa, je veux devenir journaliste ». Il m’a regardé, étonné, et m’a répondu : «C’est justement ce que je voulais faire quand j’étais jeune, je voulais devenir journaliste à Rock n’Folk ! » Il ne me l’avait jamais dit. Je suis intimement convaincue qu’il aurait été l’un des meilleurs journalistes du monde de la musique. Je vous jure que je suis objective…

Pour en revenir à la lettre, il venait de trouver un nouveau boulot. Il n’a jamais eu de mal à en trouver, il plaisait immanquablement lors des entretiens d’embauche. Le plus difficile, après, c’était de le garder, de rentrer dans le moule. Alors, pour la fête des pères, j’avais posé une carte chez lui, une carte que je ne voulais pas qu’il lise en ma présence, une carte où je lui souhaitais cette fois de réussir sa vie, enfin et de trouver le bonheur. Je me suis bien plantée.

Mon séjour en Savoie s’achève. Je rentre à Marseille mi-juillet. Mon père est là, sa copine et son fils sont partis en vacances, mon frère et ma sœur vivent depuis un an en Lozère et j’ai mon père pour moi toute seule. Le rêve. Pour ceux qui ne sauraient pas lire entre les lignes, mon père et moi, on s’adorait. On se comprenait sans se parler, c’était étonnant. Sa copine était jalouse, mon propre frère m’a avoué sa jalousie peu de temps après. Cette complicité s’était renforcée après le divorce de mes parents. En fait, je crois sincèrement que peu de filles ont eu la chance d’avoir un père qui vous regarde comme ça, un père qui a une foi inébranlable en vous, quelqu’un qui vous rend forte jusqu’à la fin de vos jours et auquel on repense chaque fois que l’on doute ou que les autres doutent de vous. J’ai eu cette chance.

Il est prévu que j’aille passer le mois d’août chez ma mère, exilée dans ses montagnes et que je n’ai pas vue depuis Noël. Alors, mon père m’invite à déjeuner un dimanche, dans un resto pas donné, L’Entrecôte, sur le Vieux-Port. Bon, d’accord, il a trouvé un nouveau boulot mais quand même, il a toujours été fauché. J’étouffe ma petite voix intérieure, de toutes façons, il ne m’a pas prévenue et je me retrouve devant le fait accompli. Ce fut l’un des jours les plus agréables de ma vie, et pourtant, curieusement, je ne me rappelle plus bien ce qui s’est dit. Je sais qu’on a parlé de moi, de mon avenir, beaucoup, de lui, aussi. De toutes façons, ça nous arrivait souvent de parler, mais là, on était que tous les deux. Le reste m’importait peu.

Le mois d’août s’achève et laisse place à septembre. Ma mère décide de me ramener à Marseille en voiture et de rester un peu. Son nouvel ami habite dans le Gard, elle en profite. Là, il se passe une chose impensable. Mes grands-parents paternels font un repas pour mes 21 ans, le 1er septembre, et disent à ma mère de venir. Et moi, je me retrouve avec mes deux parents réunis, mon frère, ma sœur, tout le monde dans la même pièce et en harmonie en plus ! Un truc totalement impensable quand on sait que mes parents n’avaient jamais réussi à avoir une conversation posée depuis près de 8 ans. Là, tout se passe bien sous mes yeux ébahis. C’est louche, tente de me dire ma petite voix intérieure qui est décidément bien bavarde. Je la fais taire une fois de plus. Enfin, j’essaye… Ma mère dit à mon père qu’il a l’air fatigué. Il répond qu’il a des douleurs dans le ventre depuis quelques jours. Rien de grave a priori. Mon oncle évoque un virus qui traînerait dans l’eau. C’est bizarre mais je ne suis pas convaincue. Lorsque je repense à ce jour-là, je ne sais pas comment le qualifier. C’était le début de la fin et en même temps, c’est comme si on avait pensé à moi en m’offrant cette chance de voir mes parents réunis pour mon anniversaire.

Ce jour passe, comme les autres et me voilà plongée dans mes examens. Papa se plaint de plus en plus de ces douleurs, il a une drôle de tête. Tout le monde commence à s’inquiéter. J’ai du mal à me concentrer, j’ai des pressentiments depuis juillet et ça ne va pas en s’arrangeant. Ma grand-mère le pousse à aller consulter. Il le fera mais on ne retrouvera l’ordonnance que bien plus tard. Je pense à mon père pendant que je planche sur la littérature, le latin et l’allemand. Mauvais signe. Un soir, mon oncle nous invite mon père, sa compagne et moi à regarder «Phantom of paradise », le film-culte de mon père. Il est convenu qu’ils passeront me prendre à la gare routière après un exam. Mon père me fait peur, je me demande même s’il est prudent qu’il conduise. Arrivé chez tonton, on visionne la cassette. Rien qu’un écran neigeux, l’enregistrement n’a pas marché. Je me dis que, décidément, je n’arriverai jamais à voir ce film (je l’ai vu l’année suivante). Depuis que Papa m’en parle, ça fait au moins 3 fois que ça foire ! Il n’a pas pris sa guitare et n’a pas le courage d’entonner le «Phantom’s theme », qu’il interprète si bien. Rien ne va plus. Sa copine, pas très rassurante, raconte qu’ils ont fait une soirée quelques jours auparavant pour l’anniversaire de son fils et que mon père les a rejoints. Il est arrivé avec la mine grise, au sens propre, elle a dû lui faire une piqûre de morphine pour le calmer. Je suis définitivement morte d’inquiétude.

Le 18 septembre, ma grand-mère me téléphone. Mon père a été admis d’urgence à l’hôpital la veille au soir. Elle me donne le numéro où le joindre et je prends mon courage à deux mains pour l’appeler. Il me dit que ça va mieux, qu’on le soigne et me raconte les événements de la veille : après un examen, on l’a «oublié » dans une salle. On l’a laissé comme ça, quasiment nu et dans un état pitoyable, dans une pièce froide, sans rien lui dire. Finalement, un interne est passé par là. Quand j’y repense… Enfin, passons.

Après cela, tout est allé très vite, bien que cela me paraisse avoir duré une éternité. Il a été hospitalisé pendant trois semaines. On nous a laissés dans l’expectative pendant une bonne semaine. Il a eu droit à deux biopsies du foie, la première n’ayant rien donné à la grande surprise du médecin. Je suis allée le voir presque chaque jour, malgré mes examens. C’est curieux, je me souviens qu’il n’a cessé de pleuvoir à cette époque. Je me rendais à pieds à l’hôpital, à 20 minutes de chez moi. Mon père allait de moins en moins bien, ma grand-mère était défaitiste avant même de connaître le résultat des examens. On nous a d’abord parlé d’un cancer du foie, puis ce fut le cancer du pancréas, avec métastases au foie et au cerveau. Aucun espoir de guérison, la chimio pouvait éventuellement lui faire gagner 6 mois. On appelle ça un cancer foudroyant…

Le médecin a dit qu’il n’était pas indispensable de parler à mon père. La famille a trouvé préférable de ne rien lui dire. Je n’étais pas d’accord, et puis, de toutes façons, je suis persuadée qu’il le savait très bien, peut-être même depuis plus longtemps. Mais j’ai tenu le coup tant bien que mal. Papa avait droit à autant de morphine qu’il voulait et il était encore lucide. Il savait sans doute ce que cela signifiait. Il me l’a laissé entendre d’ailleurs. Il possédait un grand sens de l’humour qui lui avait permis de passer au-dessus de bien des déboires. Un soir, j’ai dû le faire manger ; croyez-moi, c’est terrible de donner la becquée à son père de 47 ans. Il m’a demandé si j’avais apprécié son cadeau d’anniversaire, parce que c’était sans doute le dernier qu’il me faisait. «Mais non, Papa, sûrement pas ». Je ne suis pas sûre d’avoir été très convaincante. Ce soir-là, il m’a également dit, avec un pauvre sourire : «Ma chérie, tu avais déjà un père nicotomane (combien de fois ai-je essayé de le faire arrêter de fumer, combien de fois ai-je caché ses paquets de Gauloises…), tendance alcoolique (combien de fois l’ai-je regardé avec reproche boire son pastis, combien de fois l’ai-je obligé à boire au moins un verre d’eau avant le vin…), maintenant, il est carrément morphinomane ! » J’ai souri.

Mon grand-père a fini par se déplacer. Il était en fauteuil roulant, ayant développé une maladie sans doute due au traitement qu’il avait lui-même subi contre le cancer, en 1974. Mais il est quand même venu, probablement avait-il peur de ne pas revoir son fils aîné vivant. Pour la 1ère fois, je l’ai vu pleurer, lui, la statue du Commandeur.

Le médecin a proposé de laisser mon père sortir, de lui installer une hospitalisation à domicile. Il est donc retourné chez son amie, 10 jours avant sa mort. Mon père n’était déjà pas très épais, il est devenu squelettique. Rapidement, il n’a plus rien pu avaler, plus pu se déplacer. Des tuyaux partout, une vision de cauchemar. Il a continué à parler encore un peu, il était de moins en moins lucide. Un soir, alors que j’étais seule dans la pièce avec lui, j’ai eu très peur. Il s’est absenté une minute. J’entends par là que son âme est partie ailleurs. J’ai appelé à l’aide, tout le monde est arrivé et là, il nous a regardés et a dit : «Qu’est-ce que je foutais là-bas ? » «Où ça ? » «Là-bas, à Malmousque ». Malmousque est une presqu’île dans un quartier de Marseille où mes grands-parents avaient une villa. Mes parents ont habité un appartement attenant à la maison pendant 4 ans, entre leur mariage et la naissance de ma sœur. Ce sont sans doute les plus belles années de la vie de mon père. Et il s’est retrouvé là-bas…

La veille de sa mort, je suis allée le voir une dernière fois. Mon grand-père avait à nouveau fait le déplacement. Je crois que ce jour-là, tout le monde a pleuré. Parce que mon père était inconscient, dans un état pitoyable, et que le seul espoir qui restait était que cette souffrance cesse le plus vite possible. Ce jour-là reste néanmoins très important pour moi. J’étais à l’entrée de la chambre, prête à partir. Ma grand-mère tenait la main de mon père, m’a vue et m’a dit de venir la tenir à mon tour. Je l’ai fait, je me demande comment je tenais encore debout. J’ai pris sa main et Papa, qui était resté inconscient toute la journée, l’a serrée. Il a ouvert les yeux et m’a regardée avec une force incroyable, un regard puissant et profond qui l’avait quitté depuis plusieurs jours déjà. Un regard sans paroles, qui se suffisait à lui-même. Les yeux bleus de mon père que je ne pourrais jamais oublier. Des yeux qui se sont refermés peu de temps après pour ne plus jamais s’ouvrir.

Mon père est mort le 14 octobre 1996. Il avait 47 ans. Peut-être sentait-il déjà ce qui l’attendait, peut-être avait-il baissé les bras, avec toutes ces emmerdes qui s’accumulaient. Je ne peux que supposer, je ne saurai jamais la vérité. Il avait d’énormes qualités et aussi une multitude de défauts. C’était un drôle de père, en fait, c’était plutôt un super copain. Immature, irresponsable, inconséquent mais aussi chaleureux, séducteur, drôle, intelligent, cultivé, incroyablement attachant. C’était un homme, si je peux me permettre de t’emprunter cette phrase, Denis. Tout simplement.

Le 16 octobre, juste après l’enterrement, le soleil s’est enfin montré. Un arc-en-ciel a fait son apparition. C’est vrai, je suis très attachée aux signes, aux symboles. Mais après un mois de pluie et de boue, ce genre de choses, ça marque. Ce jour-là, je n’ai pas pleuré. Je me sentais presque bien.

On ne se remet jamais complètement de ce genre d’expériences. Pour tout vous dire, mon grand-père n’a cessé de décliner, il est mort il y a presque 2 ans. Le frère jumeau de mon père a appris qu’il avait une hépatite C pendant que mon père était hospitalisé. Quant à ma grand-mère, elle a développé un diabète, maladie provoqué par… le pancréas. Quant à moi, encore aujourd’hui, il ne se passe pas une minute sans que je pense à mon père. Je suis en progrès, il y a encore deux ans, c’était chaque seconde ! Je me suis inscrite sur Ciao le 13 octobre, et ce n’est sans doute pas un hasard. Ce soir-là, je cherchais de quoi m’occuper pour éviter de gamberger. Et j’ai atterri ici. Je suis consciente que cet avis est long, que peu d’entre vous le liront in extenso, et je remercie ceux qui ont tenu le coup. Excusez-moi, je suis consciente que votre moral en a pris un coup… J’ai laissé ce témoignage se faire au fil de ma pensée, malgré mes tremblements qui semblent me quitter à présent. Je sais qu’il en dérangera certains et que d’autres n’ont pas dépassé les dix premières lignes. Je sais aussi que certains me comprendront, et cela me suffit. Merci à ceux là.

A ceux qui ont encore leurs parents, profitez-en bien, parlez-leur et n’oubliez pas de leur dire que vous les aimez. Même s’ils le savent déjà.

A lui, à eux…

2 février : cet avis m’a bouleversée, j’ai été très mal pendant 2 jours et vos commentaires m’ont démontré qu’il vous a touché également. Je remercie beaucoup tous ceux qui m’ont lue jusqu’au bout et qui m’ont remonté le moral grâce à leurs commentaires plein de chaleur et de sincérité.

Et je voulais dire aussi encore une fois que je me souviens aussi de périodes heureuses avec mon père : je me rappelle quand il prenait sa guitare, qu’il chantait et qu’il faisait tout pour me pousser à chanter avec lui (moi, je préférais écouter et j’étais d’une timidité incroyable), je me rappelle nos discussions à bâtons rompus sur la musique bien sûr, sur la société ou sur le dernier match de l’OM (j’ai eu pendant plus d’un mois cette impulsion d’attraper le téléphone quand j’entendais quelque chose qui nous intéressait tous les deux), je me remémore tous les bons moments passés ensemble, même s’ils sont peu nombreux comparés à tout ce qui empêchait mon père d’être heureux et moi, par ricochet, entre autres. Je me souviens de son manque d’autorité pathologique qui énervait tant ma mère, de sa tendance à désamorcer toutes les tensions par l’humour même s’il n’arrivait pas à me tromper, de son enthousiasme qui lui permettait de croire que tout allait bien finir par s’arranger, enthousiasme dont je crois avoir hérité, en espérant que j’arrive à transformer l’essai, contrairement à lui.

Je me rappelle sa faculté de mettre tout le monde dans sa poche, grâce à son bagout et sa belle gueule. On m’a rapporté qu’à l’occasion d’une soirée, il avait fini dans la piscine après s’être un peu trop rapproché de la femme d’un des invités… Papa avait des milliers de défauts, sans doute beaucoup plus que la moyenne des gens, mais il avait aussi tout un tas de qualités qui le rendaient magnétique et lui attiraient la sympathie de tout le monde. C’est ainsi que je me suis retrouvé avec pas mal de belles-mères potentielles et des amis qui tournaient. Car malheureusement, tout se gâtait quand ses amis lui prêtaient de l’argent qu’il ne pouvait leur rendre… Dans sa famille, on lui avait appris à être fort, à ne pas montrer ses sentiments, et il était partagé entre ça et sa nature profonde, celle qui l’a poussé à pleurer un certain 8 décembre 1980, jour de la mort de John Lennon, celle qui lui conférait un regard qui, lui, ne savait pas mentir, en tout cas pas à moi, quand il allait mal ou qu’il essayait un coup de bluff.

Mon père s’est peu à peu enfermé dans le mensonge, je déteste mentir. Il aimait bien flirter avec l’alcool, je n’aime pas l’alcool. Il fumait comme un pompier et je n’ai jamais fumé (une promesse faite à ma marraine, morte également d’un cancer quand j’avais 11 ans). Je suis même subitement devenue allergique à la cigarette, je n’ai réalisé que récemment que cette allergie datait en fait d’après sa mort. Bref, je fais tout pour ne pas suivre le chemin de mon père, pour éviter ses défauts, et j’espère posséder ses qualités et suivre un chemin plus conforme à ce qu’aurait dû être le sien, pour lui mais aussi pour moi. Pour ça, il faut que je prenne plus confiance en moi, ou plus exactement que j’ai plus confiance en mes réactions vis-à-vis de la société actuelle, et, croyez-moi, ce n’est pas évident d’être franche dans un monde aussi hypocrite ! Mon père m’a légué plein de choses, je m’en rends compte en même temps que j’écris ces lignes. Il y a quelques temps, mon frère que j’adore et dont je suis très proche, mais qui a très peur de l’avenir, m’a dit une chose qui m’a profondément touchée. Il m’a dit qu’il était persuadé que j’allais réussir, que j’avais du talent et que ça lui faisait profondément plaisir de savoir ça. Ca m’a touchée parce que c’est mon frère mais aussi parce qu’il m’a fait incroyablement penser à mon père quand il a dit ça, et parce que quand quelqu’un que vous aimez vraiment vous montre qu’il croit en vous, vous avez ensuite envie de déplacer des montagnes même si, malheureusement, dans mon cas, ça ne dure jamais longtemps. Y arriver, voilà ma résolution pour 2002, arriver enfin à quelque chose, me défaire de mon passé et foncer sans avoir peur de se planter… Ce serait un sacré progrès !

26 juin 2002 : aujourd’hui aurait dû être le jour de ton anniversaire. Comme d’habitude, je ne suis pas dans mon assiette. Comme d’habitude, les détails de ces derniers jours me ramènent tous à toi, à ma vie passée, à mon incapacité à avancer, à ma peur de perdre, de me planter. Cette impression de passer du statut du «je fais ce que je veux » à celui de pion qu’on déplace où bon ne lui semble pas. Une nouvelle lue sur Ciao qui me rend nostalgique, qui met le doigt là où ça fait mal juste dans cette période qui n’est jamais bonne pour moi. Pourquoi ? Pourquoi quand tu me regardais, je me sentais soudainement si forte, moi qui suis née pour douter ? Pourquoi ma mère a choisi juste aujourd’hui pour me considérer comme une merde comme aux pires jours de mon adolescence ? Pourquoi, après ça, je t’ai détesté de m’avoir abandonnée et de ne pas même jouer les bonnes étoiles pour moi ? Pourquoi ce soir, comme à chaque fois que je te déteste pour les mêmes raisons, toutes les chansons qui passent à la radio sont celles que tu aimais et qui semblent dire «Mais je suis là, que crois-tu ? » Pourquoi, ce soir, l’animateur-radio a-t-il décidé de passer les trois derniers morceaux de Abbey road au moment où je me sentais le plus mal ?

Once there was a way to get back homeward
Once there was a way to get back home
Sleep pretty darling do not cry
And I will sing a lullaby
Golden slumbers fill your eyes
Smiles awake you when you rise…

Oui, mais moi je fonds en larmes, forcément… surtout qu’évidemment on enchaîne avec Carry that weight et The end et je me dis que décidément, tu seras toujours là où on ne t’attend pas… J’essaye et j’arrive à me souvenir de la manière dont tu me regardais, du dernier regard qui lui aussi a été pour moi. Mais ça ne suffit pas à effacer les regards perplexes des gens qui doutent de moi. Pourquoi ai-je l’impression d’être entourée de gens incapables de comprendre, incapables d’admettre que je puisse souffrir encore de ta mort et de tant d’autres choses et que ces souffrances m’empêchent de croire en moi et dans le monde dans lequel je vis, surtout ? Pourquoi ai-je le sentiment d’être entourée de gens qui refusent toute responsabilité dans cette souffrance ? Toi au moins, tu savais que tu n’étais pas le père idéal, tu connaissais tes défauts et devant moi, tu les admettais…

Je ne sais pas, je ne sais plus où j’en suis, dans une sorte de brouillard qui porte le nom de mélancolie. Je ne sais pas pourquoi j’écris ces lignes mais ça va déjà mieux. Je me demande bien pourquoi je les posterais sur Ciao, elles ne seront lues que (et c’est tant mieux) par des gens qui m’apprécient et qui se feront du souci inutilement, parce que comme d’habitude je vais remonter la pente et j’irai mieux dès demain. Je me demande quand je cesserai d’avoir peur de trop m’attacher aux gens parce que j’en ai perdu tant, à la fois par la mort et par l’éloignement inévitable. J’y travaille, je m’étonne en ce moment, je me dis que je vais peut-être parvenir à passer au-dessus de ça finalement. Papa, trouverai-je ma place, aurais-je ce que je désire un jour ? Arriverai-je à réussir ma vie quand toi tu as échoué ? Je le voudrais tant, pour toi au moins autant que pour moi… J’ai juste besoin que tu sois là, quelque part, et de savoir que tu me regardes toujours comme la 8ème merveille du monde…

Ta fleur.

Et évidemment, la radio passe Freebird de Lynyrd Skynyrd maintenant… Bon, ça va, Papa, j’ai plus de doute, tu es là, quelque part… If I stay here with you girl, things just couldn’t be the same, cause I’m as free as a bird now, and this bird you cannot change… et ce fameux trio de guitares que tu aimais tant…

21 septembre 2004, 5h30 du matin. Paris s’éveille ou presque, et moi, je n’ai pas encore fermé l’œil. L’insomnie, cette vieille copine, se rappelle à moi de temps en temps. Mes pensées voguent ici et là, les heures passent et voilà que je me surprends à penser à toi. Penser à toi, les termes utilisés prêtent à sourire puisque près de 8 ans après, ton fantôme m’accompagne toujours à chaque minute. Mais il est devenu rare que je revive aussi intensément cette sale période de 1996. Et là, j’y suis, en plein dedans... Douleurs, fatigue, hôpital, diagnostic, douleur (différente, celle-ci), larmes, incompréhension, courage, soutien, mort, enterrement, deuil. Je ne peux retenir quelques larmes. Je guette la respiration de l’homme qui partage ma vie et qui occupe les trois-quarts du lit… Je me surprends souvent à faire ça. Je crois que je suis condamnée à vie à avoir peur de perdre ceux que j’aime…

Je finis par me lever, je feuillette un album photo et j’ai envie d’écrire ce que je ressens. Ca aussi, c’est devenu rare. Naturellement, j’ouvre ce texte vieux de près de 3 ans, écrit lors d’une ancienne vie sur Ciao et disparu avec mon pseudo d’alors. Il a un peu pris la poussière, les choses ont évolué, j’ai grandi et ça va plutôt bien pour moi. J’espère que tu peux le voir : tes enfants vont bien. Bien sûr, il y a encore du chemin à faire pour Aude, pour Axel comme pour moi. Mais en se serrant les coudes comme on le fait toujours et grâce au soutien de nos moitiés, on avance petit à petit. J’ai trouvé l’amour et je ne l’ai pas laissé se sauver, c’est déjà un exploit. J’ai changé de vie, de ville, j’ai élargi mon cercle d’amis en même temps que mes horizons. Alors rien n’est impossible. Je vais peut-être réussir à l’écrire, ce bouquin que j’ai en tête depuis si longtemps ! Peut-être…

Je me fais à ton absence mais tu me manques toujours autant. J’aurais voulu que tu connaisses Phil, je suis convaincue que vous vous seriez entendus comme pas deux. L’idée que mes enfants et mes neveux, si j’ai la chance d’en avoir un jour, ne connaîtront pas leur grand-père m’est cruelle. Je dois bien faire avec pourtant. Mais j’en ai déjà pris pour 8 ans et je me rends compte que chaque moment heureux de ma vie sera teinté d’une légère amertume. Je te fais vivre à travers mes mots et aucun doute là-dessus, je continuerai. Je leur parlerai de toi, je t’embellirai sans doute, de la même manière que toi, tu aimais enjoliver la vérité. Finalement, ils auront un grand-père encore plus beau que le vrai ! Tu peux compter sur moi pour qu’on ne t’oublie pas de sitôt. Même ceux qui ne t’ont pas connu…

6h30

Je dormirai (mieux) demain…

 

11.09.2007

Annonces en série 1

         

Des annonces, j'en ai fait quelques-unes et actuellement encore, à plus de deux mois et demi de grossesse, il y a pas mal de personnes qui ne sont pas au courant, notamment parmi les amis.

 

Ton papa l'a su en même temps que moi, ça, je te l'ai déjà dit. Mes copines des ZZ aussi, même si je leur ai annoncé les choses un peu froidement au début, vu la réaction peu réjouie de Phil. Elles attendaient, pour certaines, fébrilement depuis plusieurs jours, et une bonne partie m'avait tenu compagnie lors de ce fameux 4 juillet et avait tenté de calmer mes angoisses. Alors c'était assez normal qu'elles sachent rapidement, on partage tellement de choses depuis près de 3 ans...

 

Ensuite, après avoir attendu que ton papa se remette du choc et commence à en plaisanter, j'ai appelé ta grand-mère maternelle. Je lui avais dit que j'avais des doutes, ce n'était donc pas totalement une surprise pour elle. Déjà, lors de mon cycle précédent, elle avait rêvé qu'elle était grand-mère et m'avait demandé s'il y avait de l'espoir. Il a fallu qu'elle patiente un mois de plus finalement ! Je l'ai donc appelé et lui ai dit : « Maman ? Ben, je crois que tu vas être grand-mère ! »

 

Bon, c'est assez bateau comme déclaration, mais j'étais dans un état un peu bizarre moi-même et je n'avais pas trop la tête à réfléchir à une annonce plus originale ! Elle a eu une seconde d'hésitation, puis m'a dit : « Ma chééériiiiee ! » On a discuté un peu, je crois que comme moi, elle avait du mal à réaliser, donc ce n'était pas rempli d'effusions non plus mais finalement, ce n'est pas plus mal !

 

Tout ça s'est donc passé le 4 juillet au soir. Pour le reste de notre entourage, j'ai tout de même attendu un peu ! Mais pas tant que ça, en fait. Avant d'être enceinte, je me disais qu'avec les risques de fausse couche importants au premier trimestre, il vaudrait mieux que j'attends les trois mois de grossesse pour l'annoncer. Mais là, j'avais un problème : tu as décidé de te nicher dans mon ventre vers fin juin, et je part ais en vacances à Marseille, chez moi, le 12 juillet ! En plus, enfer et damnation, j'avais prévu une petite fête surprise pour le 30 ans de ma soeur, ta tante Aude à l'occasion de laquelle j'espérais réunir une partie de ma famille. Or, je vois très peu ma famille, puisque j'habite à plusieurs centaines de kilomètres de la plupart des membres... Bref, l'occasion était quand même belle, mais j'ai hésité jusqu'au bout !

 

Je suis donc arrivée à Marseille le 12 juillet, avec Phil et enfants, après avoir passé deux jours chez Ninie et Jean-Louis, des amis (Ninie est même l'ex belle-soeur de Phil, divorcée du demi-frère de son ex, c'est compliqué, oui, je sais !) qui ont déménagé dans le Var il y a un peu plus d'un an. Déjà, on s'en était bien tirés là-bas, les deux ont lancé plusieurs fois des discussions sur les enfants, les bébés, très orientées sur nous, mais on a réussi à ne pas lâcher le morceau !

 

Au début du séjour, je me disais que c'était quand même trop tôt pour l'annoncer à tout le monde, que je me contenterai de le dire à mon frère et à sa copine, et à mon oncle chéri, Fabrice. Lors de la première soirée en compagnie de mon frère Axel et d'Aline, je n'ai rien dit, de toute façon, tes frère et soeurs étaient là et on était d'accord pour leur dire plus tard. Lors de la deuxième, la veille de la fête d'anniversaire pour ma soeur si je me souviens bien, j'ai failli, et puis j'ai réfléchi et je me suis dit que non, c'était trop bête, je voyais si peu ma famille que je me devais de leur annoncer la bonne nouvelle, et donc je n'ai encore rien dit à mon frère. J'avais une petite idée pour rendre l'annonce plus originale. Le lendemain matin, j'ai détaché des feuilles du cahier qu'on emmène tout le temps avec nous en vacances pour noter les trucs importants. C'était des feuilles de carnet à spirales, à petits carreaux, toutes bêtes ! J'ai mis sur chaque feuille le nom du couple ou de la personne concernée, il y avait donc Maman et Frédéric (ta grand-mère était déjà au courant, mais il n'y avait pas de raison qu'elle n'ait pas son petit mot. Quant à son compagnon, elle ne lui avait rien dit, à ma demande), Bernard et Régine (le frère de ta grand-mère et sa femme), Axel et Aline (mon frère et son amie), Aude (ma soeur), Béatrice et Jean-Marc (la soeur de ton grand-père maternel et son compagnon), Lola (leur fille) et Fabrice (le frère de ton grand-père). Dommage, il manquait Patrice et sa famille (l'autre frère de ma maman), Dominique et Florence (frère et soeur de mon papa) et leur compagnons et enfants, ainsi que les deux filles aînées de Béatrice et les enfants de Bernard et Régine. Sauf que Thibault, leur fils, est passé finalement et j'ai dû rédiger un mot de plus à la dernière minute !

 

Le mot disait, pour ta grand-mère maternelle et son compagnon :

 

Si tout va bien dans environ 8 mois vous monterez en grade ... GRAND-MAMAN OU BEAU GRAND-PAPA, ça vous va ? Eh oui, Dianophilou arrive vers mi-mars 2008 !

Evidemment, le grade changeait selon les gens...

 

Restait un problème : se débarrasser des enfants ! Ce ne fut pas une mince affaire... Après l'apéritif, le repas, le gâteau et les cadeaux, ma mère, que j'avais mis dans la confidence, a demandé à Frédéric s'il pouvait emmener les enfants se balader un quart d'heure. Il s'est exécuté, mais les enfants n'avaient aucune envie de partir avec lui et ne comprenaient pas pourquoi ils devaient le faire. Je leur ai dit que c'était important pour moi, que j'avais quelque chose à dire à ma famille et que je préférais qu'ils aillent faire un tour. Ton papa a fini par dire qu'il irait avec eux, et ils sont partis. J'étais un peu dégoûtée sur le coup, car il me paraissait important que Phil soit là, mais bon, après tout, du moment que ma famille et moi étions là...

 

Bref, je suis revenue avec les mots, pliés en huit ou douze, je ne sais pas, j'ai remis à chacun son petit mot et je leur ai dit d'attendre de tous les avoir et de les ouvrir ensemble. Mon coeur battait fort !

 

Ils ont ouvert leur petit mot, il y a eu un moment de silence dû à la lecture et puis un autre le temps qu'ils comprennent... Béa m'a regardée en disant : « C'est vrai ? » « Ben oui, c'est vrai ! », elle a regardé ma mère : « Tu le savais ou tu le découvres en même temps ? » et ma mère a dit qu'elle était au courant... Fabrice était mort de rire car quelques minute plus tôt, Béa m'avait demandé quand est-ce qu'on ferait un bébé, et j'avais répondu que ça ne tarderait plus. Mon frère, qui était à côté de moi, m'a serré dans ses bras et m'a embrassée, ma belle-soeur a fait de même, puis j'ai fait le tour de la table pour recevoir les félicitations de tout le monde. Ils étaient tous très contents pour moi, un peu surpris aussi, normal ! Je pense que ça leur a fait très plaisir, depuis le temps qu'ils attendaient que quelqu'un se décide à ouvrir la porte à la nouvelle génération ! En effet, pour l'instant, que ce soit du côté maternel comme du côté paternel, pas de bébé à l'horizon. J'étais la première de la génération précédente, mon enfant sera le premier lui aussi. Et pourtant, j'ai pris mon temps ! C'est d'ailleurs ce qu'a dit Frédéric à ma mère quand il est revenu et qu'elle lui a annoncé. Bon, il sait très bien que ce n'est pas ma faute, si j'avais eu le choix, je t'aurais conçu avant, mais on est deux pour faire un bébé, et je ne pouvais que respecter le choix de ton papa. Je ne regrette pas ma patience d'ailleurs, ça a payé, et aujourd'hui je peux dire avec bonheur et fierté « Nous avons fait un enfant », sans avoir rien à me reprocher...

 

Ma famille a discrètement félicité Phil quand il est rentré, et tout s'est bien passé jusqu'au départ. Car finalement, la gaffe que je craignais est arrivée ! Je discutais avec je ne sais plus trop qui, j'avoue, et là j'entends distinctement Bernard dire à son fils : « Diane attend un enfant... » J'ai juste entendu ça, on a presque tous arrêté de parler, tout le monde s'est regardé et a observé Damien, qui se trouvait au milieu de nous et avait l'air d'écouter ce qui se disait. Les conversations ont repris, mais ensuite, quand on s'est dit au revoir dans l'appartement de location et que les enfants étaient hors d'atteinte, il y en avait pour dire que Damien avait forcément entendu, d'autres qui pensaient qu'il était ailleurs et n'écoutait pas... Il n'a jamais rien dit, au final, et quand on a annoncé la nouvelle aux enfants, le jour de mon anniversaire, je lui ai demandé et non, il n'avait rien entendu ! Tant mieux, ça m'aurait embêtée qu'il se fasse des films et s'imagine qu'on ne voulait pas leur dire, alors que c'était juste pour les protéger d'une éventuelle fausse couche et également me protéger de leurs éventuelles questions si c'était arrivé. Comme je l'ai dit à ma famille : un début de grossesse, c'est fragile, j'ai hésité à vous le dire parce que ça peut s'arrêter n'importe quand, mais je sais que si ça arrive, vous ne poserez pas de questions, alors qu'avec des enfants, c'est plus délicat...

 

Voilà pour les annonces de cet été... Ah, si, je l'ai aussi dit à une amie de lycée, Magali, que je n'avais pas vue depuis plus de deux ans et qui est elle-même maman de jumeaux de deux ans et demi. Nous sommes allés chez elle la veille de notre départ de Marseille et je lui ai annoncé un peu comme un secret. Elle aussi était contente pour moi, elle sait que je te désire depuis longtemps...

 

Prochain épisode : les annonces aux enfants, aux parents de Phil, et peut-être, si je prends mon temps, l'annonce à nos amis qui est prévue lors de la soirée pour fêter notre PACS, le 15 septembre...

 

 

27.08.2007

Une bonne chose de faite !

Ca y est, jeudi, veille de la fin de ma période d'essai, j'ai annoncé à mon patron la nouvelle de ma grossesse ! Et merci à tous ceux et celles qui m'ont envoyé leurs ondes positives et croisé leurs doigts (y compris toi, Dianophilou), car ils me gardent !

 

J'avoue, j'ai eu un moment d'hésitation, pour la simple et bonne raison qu'en principe, c'est la mère qui rentre plus tôt, et là, évidemment, ce fut le père ! Je m'étais préparée à une discussion entre femmes, je ne savais pas si je serai à l'aise avec un homme. J'ai donc cogité quelques minutes, j'ai parlé de la petite L. (elle était seule toute la semaine, ses soeurs étaient en vacances avec leurs grands-parents) qui s'était montrée infernale... Puis je me suis lancée :

 

 Il faut que je vous parle d'un truc qui peut être embêtant pour vous, j'avais prévu d'en parler à votre femme donc je suis un peu ennuyée, mais bon, voilà, je suis enceinte...

 

Il avait une mine assez déconfite au début, disant qu'en effet, pour eux, c'est embêtant, ça ne les arrange pas. Mais il a ajouté qu'ils ont besoin de moi, donc ils ne vont pas me demander de partir, ils me gardent au moins jusqu'à mon congé maternité. Ce qui l'embête le plus, c'est l'idée que je peux avoir un problème et être arrêtée du jour au lendemain, ça les mettrait un peu dans l'embarras, donc il m'a demandé de lui dire si jamais mon gynéco ou quelqu'un d'autre me dit qu'il y a un problème. L'autre problème, c'est après mon congé maternité, il m'a demandé si j'avais déjà réfléchi au mode de garde, bien sûr, ce n'est pas trop le cas, l'idéal pour moi serait que je puisse aller travailler avec mon bébé, mais il trouve ça un peu compliqué. Donc je lui ai dit que pour les périodes scolaires, ça ne poserait sans doute pas trop de problèmes, je trouverai bien un moyen pour faire garder mon bébé deux heures par jour à moindre frais, mais pendant les vacances où je suis censée travailler à plein temps, ce sera plus ennuyeux. Bref, il m'a dit qu'on aviserait, m'a demandé de combien je suis enceinte, j'en ai profité pour lui dire que je ne le savais pas lors de la signature du contrat et que j'étais très embêtée pour eux, vu que ce n'était pas prévu (il m'a répondu « C'est la vie ! »), et que donc je préférais leur annoncer pendant ma période d'essai. Il m'a demandé si j'avais déjà eu des échographies, j'ai dit que la première est pour le 28 (demain, donc ! Glups !).

 

Bref, on peut dire que ça s'est bien passé. Le lendemain, j'ai vu la mère, qui m'a chaleureusement félicitée, a avoué que ça l'avait perturbée quand son mari lui a annoncé car elle s'est dit qu'il allait falloir revoir encore une fois l'organisation, m'a demandé si je souhaitais continuer ensuite, et quand j'ai dit, comme à son mari, que ce serait surtout embêtant pour les vacances scolaires, elle m'a dit qu'il y aurait toujours moyen de s'organiser (ils tiennent à moi on dirait !), que souvent ils prennent une semaine sur les deux (en cours d'année) et que les filles grandissent, donc elles peuvent aussi aller plus souvent chez leurs grands-parents !

 

Elle m'a demandé comment ça se passait physiquement, je lui ai dit que j'ai très peu de symptômes et que j'ai hâte d'être à l'écho car ça m'inquiète un peu parfois. Elle m'a dit qu'il ne faut pas être négative, que tout se passera bien. Et j'ai fini en disant que j'espère maintenant que je n'attends pas des jumeaux (parce que là, je crois qu'ils flipperaient, quand même !), elle m'a répondu que c'est la première chose qu'elle a demandé quand elle était enceinte de la dernière, car l'idée de passer de 2 à 4 enfants l'effrayait...

 

En partant, j'ai encore insisté en disant que je suis ravie qu'ils le prennent comme ça, que c'est pas évident de commencer un boulot en étant enceinte et que j'étais très embêtée, elle m'a dit qu'elle se mettait à ma place et qu'elle comprend, et qu'ils ont apprécié ma sincérité, le fait que je le dise pendant la période d'essai alors que rien ne m'y obligeait, et puis elle est maman et comprend bien ce genre de choses ! Je suis contente de voir que l'honnêteté paie encore de temps en temps !

 

Je suis soulagée, je te laisse imaginer, mon bébé. C'est une bonne chose de faite. Maintenant, j'attends l'écho de demain pour l'être encore plus. J'avoue que je commence à angoisser pas mal, j'ai passé une nuit difficile, peuplée de rêves étranges dans lesquels un médecin me disait que j'avais de grandes chances de faire une fausse couche tardive ou bien j'arrivais pour l'écho et l'échographiste n'était pas là... Bref, je suis perturbée... En plus, ça me fait bizarre, cette première rencontre. J'ai conscience que ça sera magique (si tout va bien) et je suis pressée d'être rassurée sur ta santé et de me sentir pleinement enceinte, mais d'un autre côté, le mystère va être levé et ça me trouble. Tout changera demain, quel que soit ce qu'on m'annonce. Si l'appareil est perfectionné, qui sait, on pourra peut-être même déjà avoir une idée quasi-sûre de ton sexe ! C'est fou... Tu es encore si petit...

 

Enfin, les dés sont lancés, et dans moins de 24h, je saurai pas mal de choses sur toi, et je saurai à quoi tu ressembles... Cette nuit va être courte, j'imagine... A demain, mon bébé...